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jeudi 10 mars 2022

Madame S (Sylvie Lausberg)



Le destin exceptionnel de Marguerite Steinheil, intrigante maîtresse de Félix Faure, ni coupable ni victime. Cataloguée "putain de la République", accusée de meurtre, traînée dans la boue, le traitement de Madame S. par la justice puis par l'histoire en dit long sur notre rapport à la sexualité, au pouvoir et à la liberté des femmes.
L'anecdote est célèbre : alors que le président Félix Faure agonise, sa " connaissance " s'est sauvée par l'escalier de service. Cette mort en épectase va changer le cours de l'affaire Dreyfus et bouleverser le destin de celle que l'on surnomme depuis la " pompe funèbre "...
Intriguée par cette " putain de la République ", une journaliste recluse décide d'enquêter sur cette si mystérieuse Madame S. et sur les secrets d'un État français toujours aux prises avec les mêmes démons : antisémitisme, antiféminisme, petits arrangements entre amis et journaux avides de scandales.
Sylvie Lausberg livre un passionnant thriller historique sur les traces volontairement effacées de Marguerite Japy-Steinheil, personnalité troublante qui sauvera sa tête grâce à un art virtuose du mensonge, un charme dévastateur et une profonde intelligence politique, restés ensevelis sous des torrents d'injures misogynes qui en disent long sur notre rapport au sexe, au pouvoir et aux femmes qui en jouent. 




Sylvie Lausberg nous livre avec ce roman/biographie plus biographie que roman, le parcours, la vie de Marguerite Steinheil née Japy. 

Née dans un milieu très bourgeois alsacien, protestant, elle vit une jeunesse très protégée par son père, et à l’abri de tout souci. Elle reçoit une éducation très soignée comme beaucoup de jeunes filles de son rang. La vie est facile et le bonheur est là. 

Mais tout cela n’aura qu’un temps. Son mariage sera un désastre, les conjoints vivront côte à côte sans s’aimer. Marguerite dite Meg collectionne les amants et fait en sorte que son mari, artiste-peintre puisse subvenir largement à leurs besoins en lui trouvant des mécènes. De leur union, naîtra une fille Marthe qui sera la joie de sa vie. 

La vie de Madame S sera parsemée de belles rencontres, de moins bonnes. Ses amants sont en général des hommes très en vue dans la société de l’époque. On y découvre principalement Félix Faure, Aristide Briant et de nombreux autres. Beaucoup dans le milieu juridique et politique. Ce qui en fait une femme très au courant des faits et secrets de l’époque. 

L’auteure a fait de multiples recherches pour nous restituer la vie de Marguerite Steinheil. Vie tumultueuse, entremêlée de secrets d’État, de manipulations, et de crimes non résolus. 

J’ai mis un certain temps à lire ce condensé d’évènements : entre l’affaire Dreyfus, les partis pris de l’époque, les combats pour faire libérer le prisonnier, puis la mort du Président de la République Félix Faure, amant de Meg dans les conditions que l’on connaît. La campagne de diffamation, les calomnies autour de l’assassinat de son mari et de sa mère et auxquels elle a échappé. Tout s’entremêle pour en faire une vie plus que trépidante et finalement tragique. Madame S, s’en sort finalement pas trop mal et retombe toujours sur ses pieds. 

Je ne saurais dire si l’auteur m’a vraiment convaincue. Tout cela était vraiment touffu, la vie de Meg nous met en face d’une femme toujours à la recherche du bonheur et de la reconnaissance des autres. Quand à savoir si elle était innocente ou pas de ce qu’on l’accusait, beaucoup de mystères semblent bien n’avoir jamais été résolus. 

En tout cas Sylvie Lausberg aura mis beaucoup d’énergie pour la réhabiliter. Et elle aura réussi à bien retranscrire l’ambiance de l’époque, le harcèlement de la presse à scandales avec ses campagnes de calomnies et de ce qu’on appellerait maintenant des fake news. Allez démêler le vrai du faux. 

Au final, j’ai bien aimé le côté historique, les personnages, les faits qui ont compté à l’époque et auxquels s’est trouvé confrontée Madame S. 

Merci aux Éditions de Borée/mon poche pour cette découverte.

samedi 17 février 2018

Deux secondes en moins (Marie Colot et Nancy Guilbert)

Depuis qu'un accident de voiture l'a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l'accident, est immense, comme sa solitude. 
Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d'emménager. 
Pour l'un et l'autre, tout s'est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer... 
Et pourtant, Igor et Rhéa reprennent jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique. Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré. 
Un roman bouleversant, où un perroquet, le thé des Sages, l'amitié et les mots apportent une douceur salutaire. 

A partir de 13 ans – Roman ado – février 2018 – 320 pages

Igor, Rhéa, deux êtres meurtris. L'un dans sa chair, l'autre dans son âme. 
Mais la douleur fait les même ravages. Repli sur soi, haine des autres, dévastateur le temps n'arrange pas les choses. Ils se sentent isolés mais s'isolent eux même de tout ce qui était leur vie précédant le drame. 
Heureusement pour eux, il y a l'amour de la musique et Fred, un professeur de musique pas comme les autres. Lui aussi sait ce que sait la souffrance et c'est pour ça qu'il trouve les mots, les gestes qui apaisent. 

Roman écrit à quatre mains par Marie Colot et Nancy Guilbert. On sent à travers leur narration la douleur de ces deux jeunes, mais aussi la lumière qui ne demande qu'à émerger. Toutes les phases du deuil ressortent, rejet de soi et des autres, colère, peine et que ce soit pour la perte d'un visage ou la perte d'un être cher, le chemin est très difficile. 

La rencontre de ses deux êtres leur sera très salutaire et cela à travers la musique et le dépassement de soi pour que l'autre s'en sorte. Ils vont apprendre à s'apprivoiser et ainsi se sauver eux-mêmes. En jouant ensemble du piano, ils vont retrouver la confiance en eux et le goût de vivre car il y a toujours de l’espoir. 

Très joli roman pour la jeunesse, avec une écriture à la fois douce et percutante. On sent les émotions à fleur de peau. 
Le travail du deuil est long et semé d'embûches et je trouve que c'est une bonne approche pour les jeunes de plus de 13 ans à qui est destiné ce roman pour comprendre ce cheminement. 
Très belle lecture. 
Merci à Babelio et aux Éditions Magnard jeunesse pour cette belle découverte. 

Citation
Oui Alex, je sais, c'est bateau, mais il y a des phrases qui nous raccrochent à quelque chose de positif et nous font changer de point de vue.
C'est le cas avec celle de Fred, aujourd’hui,alors je la note ici
« Nulle pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve. (Confiucius) »
Tu vois tu me disais que la vie c'était de la merde et j'avais beau t'expliquer que non,, qu'on était sur terre pour vivre des expériences qui nous feraient grandir… Toi tu ne voulais pas m'entendre.
Ou peut-être que tu ne pouvais pas m'entendre...
Si seulement tu avais pu rencontrer Fred….