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jeudi 10 mars 2022

Madame S (Sylvie Lausberg)



Le destin exceptionnel de Marguerite Steinheil, intrigante maîtresse de Félix Faure, ni coupable ni victime. Cataloguée "putain de la République", accusée de meurtre, traînée dans la boue, le traitement de Madame S. par la justice puis par l'histoire en dit long sur notre rapport à la sexualité, au pouvoir et à la liberté des femmes.
L'anecdote est célèbre : alors que le président Félix Faure agonise, sa " connaissance " s'est sauvée par l'escalier de service. Cette mort en épectase va changer le cours de l'affaire Dreyfus et bouleverser le destin de celle que l'on surnomme depuis la " pompe funèbre "...
Intriguée par cette " putain de la République ", une journaliste recluse décide d'enquêter sur cette si mystérieuse Madame S. et sur les secrets d'un État français toujours aux prises avec les mêmes démons : antisémitisme, antiféminisme, petits arrangements entre amis et journaux avides de scandales.
Sylvie Lausberg livre un passionnant thriller historique sur les traces volontairement effacées de Marguerite Japy-Steinheil, personnalité troublante qui sauvera sa tête grâce à un art virtuose du mensonge, un charme dévastateur et une profonde intelligence politique, restés ensevelis sous des torrents d'injures misogynes qui en disent long sur notre rapport au sexe, au pouvoir et aux femmes qui en jouent. 




Sylvie Lausberg nous livre avec ce roman/biographie plus biographie que roman, le parcours, la vie de Marguerite Steinheil née Japy. 

Née dans un milieu très bourgeois alsacien, protestant, elle vit une jeunesse très protégée par son père, et à l’abri de tout souci. Elle reçoit une éducation très soignée comme beaucoup de jeunes filles de son rang. La vie est facile et le bonheur est là. 

Mais tout cela n’aura qu’un temps. Son mariage sera un désastre, les conjoints vivront côte à côte sans s’aimer. Marguerite dite Meg collectionne les amants et fait en sorte que son mari, artiste-peintre puisse subvenir largement à leurs besoins en lui trouvant des mécènes. De leur union, naîtra une fille Marthe qui sera la joie de sa vie. 

La vie de Madame S sera parsemée de belles rencontres, de moins bonnes. Ses amants sont en général des hommes très en vue dans la société de l’époque. On y découvre principalement Félix Faure, Aristide Briant et de nombreux autres. Beaucoup dans le milieu juridique et politique. Ce qui en fait une femme très au courant des faits et secrets de l’époque. 

L’auteure a fait de multiples recherches pour nous restituer la vie de Marguerite Steinheil. Vie tumultueuse, entremêlée de secrets d’État, de manipulations, et de crimes non résolus. 

J’ai mis un certain temps à lire ce condensé d’évènements : entre l’affaire Dreyfus, les partis pris de l’époque, les combats pour faire libérer le prisonnier, puis la mort du Président de la République Félix Faure, amant de Meg dans les conditions que l’on connaît. La campagne de diffamation, les calomnies autour de l’assassinat de son mari et de sa mère et auxquels elle a échappé. Tout s’entremêle pour en faire une vie plus que trépidante et finalement tragique. Madame S, s’en sort finalement pas trop mal et retombe toujours sur ses pieds. 

Je ne saurais dire si l’auteur m’a vraiment convaincue. Tout cela était vraiment touffu, la vie de Meg nous met en face d’une femme toujours à la recherche du bonheur et de la reconnaissance des autres. Quand à savoir si elle était innocente ou pas de ce qu’on l’accusait, beaucoup de mystères semblent bien n’avoir jamais été résolus. 

En tout cas Sylvie Lausberg aura mis beaucoup d’énergie pour la réhabiliter. Et elle aura réussi à bien retranscrire l’ambiance de l’époque, le harcèlement de la presse à scandales avec ses campagnes de calomnies et de ce qu’on appellerait maintenant des fake news. Allez démêler le vrai du faux. 

Au final, j’ai bien aimé le côté historique, les personnages, les faits qui ont compté à l’époque et auxquels s’est trouvé confrontée Madame S. 

Merci aux Éditions de Borée/mon poche pour cette découverte.

dimanche 9 mai 2021

Nous vous aimons Madame (Constance de Gaulmyn et Olivier Rozenberg)

 



" Nous vous aimons, Madame " : les mots élogieux prononcés par Jean d'Ormesson lors de la réception de Simone Veil à l'Académie française, en 2010, résonnent aujourd'hui comme une déclaration partagée par des millions de personnes. Femme politique et populaire, Simone Veil est une pionnière. Première femme ministre de la Ve République en 1974, première présidente du Parlement européen en 1979, elle a occupé pendant quarante ans une place à part dans la vie politique française.

Avant cet engagement, elle fut une magistrate passionnée et une militante de l'amélioration des conditions de vie des prisonniers. Tout au long de sa carrière, elle ouvrira la voie aux femmes avec sérénité et détermination, deux traits caractéristiques de sa personnalité. Grâce à de nombreux documents - pour certains inédits -, dont ses archives privées confiées aux Archives nationales en 2012, ce livre rappelle qu'avant de devenir une icône, la jeune Niçoise Simone Jacob fut plongée dans l'enfer d'Auschwitz à l'âge de 16 ans.
Ce traumatisme constitue la matrice d'un destin unique marqué par un souci constant de la dignité humaine. Au fil des étapes de sa vie d'adulte, Simone Veil aura transcendé sa condition de victime pour devenir actrice de son histoire et de celle de la France.



Cet ouvrage, écrit et dirigé par Constance de Gaulmyn et Olivier Rozenberg, sert de support à l’exposition sur Simone Veil, qui aura lieu à la Mairie de Paris, de début mai à fin juillet 2021. Cette exposition est organisée avec des archives nationales et publiques ainsi qu’avec les archives privées de Simone Veil. Elle retrace sa vie : sa petite enfance, son adolescence brisée par la déportation et puis son engagement dans la fonction pénitentiaire, dans l’action sociale et la politique.

Une longue vie consacrée à défendre ses idées, tout d’abord l’amélioration des conditions de vie des prisonniers ; sans être une féministe acharnée, elle agira pour la condition féminine en défendant plusieurs lois, tout d’abord celle pour l’accès à toutes à la contraception et dans la juste ligne, la loi sur l’accès à l’IVG en 1974.

Le document regroupe énormément d’archives personnelles de Simone Veil, photos de famille, enfant, adulte, mais aussi les rapports, comptes-rendus écrits de sa main, ou corrigés. C’est une immersion dans toutes ses fonctions, tout d’abord de magistrate, puis de ministre de la santé, de présidente du Parlement européen, puis elle siège au Conseil Constitutionnel jusqu’en 2007 avant d’être élue à l’Académie Française en 2008.

Le titre de cet ouvrage est la phrase qu’a prononcée Jean d’Ormesson à la fin de son discours d’investiture.

A la fin du livre, Simone Veil interviewée par Annette Wieviorka nous raconte son difficile retour de déportation. Le fait surtout de ne pouvoir se confier qu’à ceux qui comme elle avait connu l’horreur. La société n’arrivait pas ou ne voulait pas savoir ni entendre. Sa vie entière elle a combattu à changer les mentalités, tout d’abord en faisant reconnaître par l’administration son statut de déportée ainsi que pour sa famille morte en déportation. Puis par ses réparties au Dossier de l’écran en 1979 suite à la diffusion du film américain L’holocauste (mot employé avant La Shoah), ainsi que dans sa vie politique ou privée. Pour ceux qui s’en souviennent elle rétorque à des militants venus perturber un de ses meetings : « Vous ne me faites pas peur, pas peur du tout. J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds ».

Elle voulait témoigner, faire prendre conscience aux générations à venir de ce que ce génocide pouvait très bien être occulté, oublié et cela lui fait dire « Pourquoi aurions-nous consenti à tant d’efforts si cela ne servait à rien, si nous sommes muettes, si nous ne disons pas ce que c’était. »
Garder la mémoire présente et faire prendre conscience que rien n’est acquis, tout peut recommencer.


J’ai beaucoup apprécié, retrouver dans cette compilation d’archives et de documents une bonne partie du parcours de cette femme, pour laquelle j’ai énormément d’admiration. Une femme de conviction, qui malgré la souffrance et le malheur endurés a su se relever et combattre.

Merci à l’équipe de Babelio et aux Éditions Flammarion de m’avoir fait découvrir cet ouvrage par la dernière masse critique graphique.


samedi 3 avril 2021

La fille d'avril (Annelise Heurtier)

 
1966, dans une petite ville de province. Catherine vit comme la plupart des jeunes filles de son âge : elle aide sa mère aux multiples tâches ménagères et parcourt chaque jour à pied les quatre kilomètres qui la séparent du collège. Un jour, elle est contrainte de faire le chemin en courant. C’est une révélation : quel sentiment de vitesse, de force, de liberté ! Mais courir dans la rue, surtout pour une femme, est une chose alors impensable. Pourtant, motivée par un sentiment d’injustice et par une rencontre avec un étudiant militant, Catherine s’interroge, s’obstine, s’entête… jusqu’à mener sa vie dans la direction qu’elle a choisie.


Mais quelle belle lecture !

Un roman sur la condition féminine dans les années 60.

Très bien documenté, on y parle des inégalités entre filles et garçons, que ce soit au niveau de l'éducation, des études, du sport, des recommandations de l'époque. 

Catherine est une jeune fille un brin avant-gardiste qui ne trouve pas sa place dans son époque, réfléchi trop peut-être et prend conscience qu'elle a d'autres aspirations qu'être une bonne épouse. 

Elle m'a d'autant plus touché lorsqu'elle parle de la liberté que lui procure la course à pied car c'est tout à fait ça. Ces passages ont notamment été inspirés par la 1ère femme marathonienne Kathrine Switzer.

Sans être un pamphlet féministe, un roman à mettre dans toute les mains pour se rendre compte des quelques progrès qui ont été fait par rapport aux droits des femmes et de ceux qu'il reste à faire. 


lundi 19 octobre 2020

Abraham Lincoln (Lilian Kerjan)

 



Né dans une cabane de rondins, fils de pionnier et homme de la Frontière, Abraham Lincoln (1809-1865) se construit seul, devenant avocat, député et seizième président des États-Unis. Toujours humain, lucide et droit, c'est lui qui mène la longue et meurtrière guerre de Sécession et qui sauve l'unité du pays. L'éloquence de son verbe résonne encore à Springfield, Gettysburg ou Washington. "Si mon nom doit entrer dans l'histoire, ce sera pour cet acte", déclare Lincoln à la soirée du Nouvel An 1863 : il vient de signer la mise en application de sa proclamation d'émancipation des esclaves. Il vient aussi de signer son arrêt de mort puisqu'il sera assassiné dans sa loge de théâtre au début de son second mandat. " Mr L. ", comme il se désigne sobrement, demeure à tous égards le défricheur, l'émancipateur et le grand capitaine de la nation américaine.



Nationalité : France
Né(e) le : 13/02/1940
Ancien recteur d'académie, agrégée, docteur ès lettres et professeur d'études américaines à l'université de Rennes, Liliane Kerjan a été critique dramatique à l'O'Neill Theater Center de Waterford (Connecticut), Fellow aux séminaires de théâtre de Salzbourg, Learned Scholar à l'université de Yale (Connecticut), Fulbright Professor au département de théâtre de l'université de San Diego (Californie).
Auteur d'ouvrages sur Edward Albee parus chez Seghers et Klincksieck, elle a publié de nombreux articles sur le théâtre américain, notamment sur Arthur Miller, Tennessee Williams, Sam Shepard et Israël Horovitz, ainsi que La Consommation culturelle dans le monde anglo-saxon (PUR, 2000). Elle est présidente de l'Institut franco-américain de Rennes et, depuis 1986, collabore régulièrement à La Quinzaine littéraire.



Dernièrement avec Marie, nous avons lu « Je suis fille de rage » de Jean-Laurent del Socorro, et Lincoln y apparaît longuement, et oui la guerre de Sécession s’est déclenchée suite à son élection.

L’envie d’en connaître plus sur ce grand homme nous est donc venue à l’idée. Il est un de ces grands hommes américains qui ont fait le pays . Les américains ont édifié en 1922 un mémorial à Washington en son honneur. J’ai eu le privilège de le voir il y a de nombreuses années et c’est impressionnant, cette figure longue, émaciée mais si profonde.

De lui je ne connaissais finalement pas grand-chose, sauf qu’il a aboli l’esclavage, que la guerre de sécession s’est déclarée lors de son mandat et qu’il fut assassiné.

Avec cette biographie Lilian Kerjan, nous raconte le personnage, son parcours, sa vie de famille et son engagement. Il est né dans le Kentucky dans une petite ferme très modeste. Il est élevé dans l’Indiana, puis très jeune exerce un tas de petits métiers, il est courageux, entreprenant, avide de connaissances. Il a une expérience de la vie sur le terrain et au plus proche de la population. Il décide de s’instruire, il lit beaucoup, s’investit énormément et à la force du poignet devient avocat. Précis, rigoureux, honnête il fait son chemin jusqu’à l’investiture suprême : Président des États-Unis. Son élection provoquera la sécession des États du Sud, car Lincoln est pour l’abolition de l’esclavage qui permet au Sud de prospérer. (« 23 États fidèles à l’Union, soit 22 millions d’habitants, avec des ressources industrielles et agricoles ; de l’autre, 11 États confédérés, peuplés de 9 millions d’hommes dont 3 millions et demi d’esclaves travaillant essentiellement le coton, fournissant 7/8e de la production mondiale de l’époque, mais aussi le riz et le tabac. »)

Il est élu deux fois Président, mais le deuxième mandat est vite interrompu car il est assassiné le 14 avril 1865 par John Wilkes Booth.

Une vie de labeur, de détermination, de convictions. L’homme était charismatique et simple. Il a prononcé de nombreux discours qui ont souvent conquis son auditoire par son honnêteté et sa rigueur. Il était considéré comme un grand orateur qui savait tenir en haleine son public.

Excellente biographie qui nous en fait connaître plus sur ce grand homme, au sens propre comme au figuré. On ne demande qu’à en connaître plus sur cette terrible période.

jeudi 9 juillet 2020

Le consentement (Vanessa Springora)




Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
« Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Paru lors de la rentrée littéraire de l'hiver 2020, ce livre a fait couler beaucoup d'encre lors de la mouvance #balancetonporc #metoo. Les femmes osent enfin exprimer les abus subis. 

Vanessa Springora nous raconte son histoire, sa relation avec l'auteur Matzneff.
Sans pathos, sans vouloir nous tirer des larmes. C'est cash mais pudique, lucide. 
L'histoire d'une très jeune fille sur qui on met la coupe, et qui à un très jeune âge se voit imposer des relations sexuelles et les accepter car son entourage n'a pas été là pour la protéger. 

Même si on remet tout cette histoire dans le contexte des années 80, cela reste révoltant. 

J'ai été choquée par toute l'intelligentsia de cette époque qui encensait la pédophilie, trouvait ça normal; et aberrant que les adultes soient punis pour leurs actes. Parmi ceux-ci, on trouve de grands noms de la littérature et même et une auteure célèbre pour ses guides d'éducation des enfants. Choquée par la mère de cette jeune fille qui n'a pas su la protéger. 

J'espère que ce livre aura été bénéfique à l'auteure dans sa reconstruction et dans cette acceptation. Et qu'il serve d'exemple. 

Une lecture brutale mais un beau témoignage. Un vrai coup de poing.




mardi 24 mars 2020

Boudicca (Jean-Laurent Del Socorro)


Angleterre, an I. Après la Gaule, l'Empire romain entend se rendre maître de l'île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan Icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l'empire des aigles jusqu'à Rome ?
À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd'hui encore la révolte.

Après Royaume de vent et de colères, premier roman très remarqué qui a reçu le prix Elbakin.net 2015, Jean-Laurent Del Socorro fait son retour avec une héroïne symbole d'insoumission...

« Il n'y a pas de honte à renoncer car seuls les dieux ne connaissent pas la peur. Je ne vous jugerai pas. Je vous pose simplement la question : serez-vous, aujourd'hui, à mes côtés ? » 


Boudicca qu’on appelle aussi Boadicée est une reine guerrière du Ier siècle, qui dirigea la grande révolte des Bretons contre l'occupant romain. Elle est née vers 30 et morte en 61. Reine des Icenis dans la région qui est aujourd’hui le Norfolk au Nord-Est de la province romaine de Bretagne (source Wikipédia).

Les historiens Tacite et Dion Cassius ont en dressé un portrait terrifiant, avec Jean-Laurent Del Socorro c’est un portrait de femme de son enfance à sa mort. Il nous offre une version très poétique et onirique de l’enfant (fille d’Antedios et des deux Andraste, reine des Icènes et déesse de la guerre) en manque d’amour et de reconnaissance de son père, à son initiation guerrière par sa protectrice Ysbal (une ancienne guerrière) à son éducation par le druide Prydain (le grand druide) qui lui apprend toutes les subtilités de la nature et des hommes. La jeune fille est une rebelle qui aime son peuple. Elle se bat pour lui avec amour et passion.

Pour lui elle devient une chef courageuse, respectée pleine de ressources et déclare la guerre à l’ennemi romain. Elle est femme, elle est reine, elle est mère. Tout cela Del Socorro nous le raconte dans un livre relativement court mais bien condensé et plein d’émotions, on a l’impression d’être dans un monde de héros mythiques de légendes mais en fait ce fut une réalité.

Une femme forte et en manque de beaucoup de repères mais qui sait les dépasser. Une reine dans un monde d’hommes, les siens la reconnaissent comme telle, les Romains la sous-estiment, ils en paieront le prix fort. Mais l’Aigle est plus fort que le Lièvre… malheureusement pour Boudicca.

Très beau roman que j’ai adoré. J’aime l’écriture de Del Socorro déjà découverte "Dans royaume de vents et de colères".

Cerise sur le gâteau, la couverture du livre est vraiment magnifique. La femme représentée couverte de peintures de guerre dans cette couleur bleue vive a tout de la guerrière des temps anciens. Ce livre donne envie d’en découvrir un peu plus sur cette femme hors norme qui est devenue une légende pour son peuple.

mercredi 18 mars 2020

Les carnets secrets du Général Huntziger (Max Schiavon)



Saint-cyrien, le général Huntziger (1880-1941) a choisi l'infanterie coloniale dès sa sortie de l’École spéciale militaire et fait une carrière extrêmement brillante qui lui a valu d'être promu général à 48 ans. Chef de la IIe armée de septembre 1939 à mai 1940, c'est lui qui négocie le mois suivant les armistices avec les Allemands et les Italiens. Personnage essentiel du début de la Seconde Guerre mondiale, il est controversé à cause de décisions malheureuses prises durant le conflit, mais surtout du fait de son action ultérieure comme ministre de la Guerre durant quatorze mois. De 1938 à 1941, le général Huntziger tient des carnets personnels qui apportent une mine d'informations nouvelles à propos du rôle des responsables politiques et militaires. qu'il s'agisse des actions envisagées ou entreprises, de la perception des événements internationaux, de l'ambiance et du rôle de chacun, notamment à Vichy. Inédits, d'une grande valeur historique, ces carnets ont l'avantage de ne pas avoir été retouchés après-guerre du fait de la mort accidentelle du général dans un accident d'avion. Huntziger est sans doute le dernier, parmi les principaux personnages de l'Etat français, dont on savait si peu jusqu'à aujourd'hui.


Charles Huntziger est né en Bretagne à Lesneven dans le Finistère le 25 juin 1880 d’un père alsacien (Un optant de Guebwiller – c’est à dire un Alsacien qui a choisi de quitter les territoires annexés par l’Empire Allemand en 1871 à la suite de la guerre franco-allemande en 1870 pour conserver la nationalité française) et d’une mère bretonne. Il meurt accidentellement dans un crash d’avion le 12 novembre 1941. 

Il a tenu des seconds rôles pas toujours glorieux. Début septembre 1939, le général Gamelin lui confie le commandement de la IIème armée à la charnière de Sedan. A la mi-mai 1940 c’est l’assaut des Panzer et la défaite des français. Il partage avec le général Corap, la responsabilité du désastre.

Ce recueil de carnets débute par une biographie succincte du général, qui a fait ses preuves en tant qu’officier dans l’Infanterie coloniale et a gravit les différents échelons en tenant des postes très importants au fil de ses affectations outre-mer, principalement au Levant. Apparemment fin diplomate il mène à bien différentes négociations avec le Liban, la Turquie. Il est très apprécié de sa hiérarchie et il accède donc à de très hautes responsabilités militaires et de diplomatie.

Puis ces carnets portent sur les mois de l’immédiat avant guerre et ceux de la drôle de guerre. Il est chargé d’assumer le rôle peu enviable du principal signataire français de l’armistice de Rethondes. Puis c’est le régime de Vichy à la commission de Wiesbaden puis Ministre de la guerre.

Il meurt dans un accident d’avion en novembre 1941 en laissant niveau Histoire un renom très controversé.

Ce qui m’a frappé c’est de voir à quel point il existe peu avant cette seconde guerre mondiale en France un climat d’intrigues basse politicienne, ainsi que des dysfonctionnements flagrants dans l’organisation des armées, tout cela déréglant les organes supérieurs de décision. Un vrai panier de crabe, malsain qui est très préjudiciable à la prise de décision car ce sont des calculs individuels des protagonistes et cela Huntzinger en est parfaitement conscient….

Ce livre est pour moi une découverte de l’homme bien sûr, mais aussi d’une période fort sombre. Je connais très peu cette époque du moins j’en connais les grandes lignes. Il est vrai que la drôle de guerre je la connais de nom mais sans plus.

A travers ces carnets il y a la parole du général Huntziger qui consigne ses impressions, ses points de vue, les grands événements, les différentes décisions prises au plus au niveau, sa vision des différents personnages haut placés qui l’entourent.

Ce que j’ai beaucoup apprécié ce sont les notes de l’auteur Max Schiavon qui donne un éclairage sur les différents événements évoqués. Ce dernier est docteur en histoire et a dirigé la recherche du Service historique de la Défense. Il a une connaissance très poussé des élites militaires.

Un livre pour les passionnés de la seconde guerre mondiale pour découvrir une personnalité très controversé, de part sa participation au gouvernement de Vichy. Des carnets intimes du général annoté par l’auteur qui en donne une lisibilité très intéressante.

Personnellement ce fut pour moi une découverte enrichissante mais difficile à assimiler. J’aime découvrir les époques que je méconnais et dans lesquels je ne suis pas forcément à l’aise. Toujours à la découverte du passé et là en l’occurrence un passé proche.

Merci à l’équipe Babelio et aux Éditions Pierre de Taillac pour cette masse critique.

mardi 22 octobre 2019

Petite (Gysler Sarah)




Ce livre est un roman d'apprentissage foudroyant, celui d'une petite fille qui transforme sa colère en odyssée. Avec humour et tendresse, la jeune globe-trotteuse raconte les tourments de l'enfance, son dégoût d'une société uniformisée, mais aussi son irrésistible soif d'être libre qui la pousse à dépasser ses peurs. 

" Je suis née au milieu des années nonante dans une famille décomposée. On était de ces enfants qui grandissent avec une clef autour du cou, connaissent les numéros d'urgence par cœur et savent faire cuire des pâtes avant même d'être en mesure d'atteindre les casseroles. Petite, on a tenté de m'expliquer que j'avais des " origines " par ma mère et un père qui ne peut plus courir parce qu'il a trop travaillé. En classe, j'écoutais des professeurs désabusés me raconter comment réussir ma vie. Plus tard, on m'a dit que je travaillerai dans un bureau parce que c'est ce qu'il y avait de mieux pour moi, qu'assez vite j'aurai un mari, une maison, puis des enfants, qui verront le jour presque par nécessité. 

À vingt ans, j'ai arrêté d'écouter les gens et je suis partie. Seule, en stop et sans un sou en poche. J'ai traversé l'Europe jusqu'au Cap Nord, sans autre but que de ne pas pourrir chez moi. On peut dire que j'ai fui. C'était mon premier grand voyage. 

Dans ce livre, j'ai voulu raconter mes errances, mes chutes et comment la route m'a sauvée. " S. G. 

Ce livre est un roman d'apprentissage foudroyant, celui d'une petite fille qui transforme sa colère en odyssée. Avec humour et tendresse, la jeune globe-trotteuse raconte les tourments de l'enfance, son dégoût d'une société uniformisée, mais aussi son irrésistible soif d'être libre qui la pousse à dépasser ses peurs.


Découvert ce livre par pur hasard, la 4ème de couverture m'a interpellé.
Sarah Gysler raconte son histoire. Une jeune fille dont les parents divorcent alors qu'elle n'a que 6 ans et qui par la force des choses est livrée à elle-même. Elle a un frère qui a seulement 2 ans de plus qu'elle.
Vous allez me dire que dans la société actuelle,c'est le cas de nombreux enfants.
Oui mais... Sarah est différente selon moi et elle a su mettre des mots sur ce qu'elle ressent par rapport à la vie. 
C'est une anti-conformiste, elle rejette la société et ses règles à ne pas transgresser pour être comme les "autres". C'est une rebelle, une écorchée vive... Elle va faire des choix plus ou moins  judicieux.Elle fera celui de partir, seule, à pied, sans argent, avec juste un sac à dos. Sa destination : yeux fermés, un doigt sur une vieille mappemonde la désignera...
Ce voyage, bien moins facile qu'on peut le penser lui a ouvert les yeux sur elle-même, sur les gens, sur la vie, sur ce qu'elle veut et ne veut pas en faire.
Elle a compris quelles étaient les vraies valeurs. Elle est jeune, un jour peut-être son mode de vie changera mais aujourd'hui, elle se sent libre.
J'aurais aimé (plus encore avec le recul dû à l'âge) avoir le courage de faire ce que Sarah a fait.
Partir sans rien, découvrir le monde, se découvrir, donner un vrai sens à sa vie.
Dans ce monde de sur-consommation, il serait tellement bon de redécouvrir des valeurs essentielles.
Une belle leçon...
N'hésitez pas à découvrir son témoignage.
Pour ma part, j'aimerais savoir ce que deviendra cette jeune fille.

mardi 9 avril 2019

Gainsbourg sur le divan (Audrey Tordelli et Joseph Agostini)



À partir d'éléments réels (interviews, faits biographiques...), l'exercice de l'essai à la fois littéraire et psychanalytique est ici poussé jusqu'au bout. Quand il meurt, nu, dans son appartement de la rue de Verneuil le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg semble s'être dépouillé de tous ses artifices, de tout ce qui fit Gainsbourg et Gainsbarre, le peintre fou de surréalisme et l'auteur scandaleux de la chanson française, l'amoureux transi et l'obsédé du sexe. Que pense vraiment Serge de son enfance?? De sa rupture avec BB?? Des multiples polémiques dont ses oeuvres ont été l'objet?? Une promenade freudienne à travers les mots d'esprit d'un serial rockeur à tête de chou, foetus ivre de Chopin, être fascinant, qui a toujours tangué entre la beauté des désastres et le goût de l'infini.

144 pages
Éditions EnVolume


Joseph Agostini est psychologue clinicien, psychanalyste. Il est également dramaturge, auteur de nombreuses pièces jouées à Paris et en Avignon On peut se pendre avec sa langue, Barbarie Land, dipe à la folie...). Audrey Tordelli est journaliste, animatrice (France Bleu) et présentatrice (France 3 Corse Via Stella). Après des études littéraires et un master cinéma, elle travaille entre sa Corse natale et les quatre coins de la France. Gainsbourg sur le divan est son premier livre.


Serge Gainsbourg, est né Lucien Ginsburg en 1928 à Paris dans une famille d'immigrés russes, juifs, peintres et musiciens. Auteur-compositeur mythique. J'aimais le musicien, l'homme un peu moins. La faute certainement à l'image provocatrice et misogyne qu'il aimait à donner.

Avec ce livre et l'écriture à la première personne d'Audrey Tordelli, je découvre l'enfant, l'homme en devenir, à la recherche de sa voie, d'abord la peinture, puis ne se sentant pas suffisamment bon, la musique et la chanson.

« Je suis tombé dans la facilité en chanson, jamais dans la peinture. Elle ne l'aurait pas permis, elle, la reine, l'ogresse des égos, celle qui te dévore en une seule bouchée sans te demander la permission, exit les heures passées sur une toile, la sueur qui perle ton front, la nuit entière à griller les cigarettes parce que tu ne trouves pas le sujet adéquat ou la bonne tournure, elle ne fait pas de cadeau, Madame Peinture, qui avale les talents et recrache tous ceux qui sont impropres à la digestion.
La chanson est tombée comme un gagne-pain et elle l'est restée. C'est facile de faire sonner une note, puis deux, de se balancer sur les mots, de se cogner à eux, puis de rebondir, de les tordre et de les mettre en rimes »...
La première partie de cet essai, écrite par Audrey Tordelli, nous retrace donc la vie de cet écorché vif, à la recherche de l'amour, de la reconnaissance. Souffrant de sa laideur et de son mal-être, enfant mal-aimé, timide, non désiré par une mère à qui il ressemble finalement beaucoup. On le voit démarrer dans le monde du show-bizz avec Le poinçonneur des Lilas.
Les femmes auront une grande place dans sa vie malgré sa misogynie avérée. Car Serge Gainsbourg était aussi un séducteur invétéré, avec une vie sentimentale aussi riche que tumultueuse. Marié deux fois, père de deux enfants, compositeur pour Juliette Gréco, il enchaîne avec une liaison aussi courte que passionnée avec Brigitte Bardot. Puis Jane Birkin, l'amour de sa vie et la naissance de Charlotte. Et son idylle avec Bambou et la naissance de Lucien.

J'ai adoré l'écriture de Audrey Tordelli, j'avais l'impression d'entendre Serge Gainsbourg puis Gainsbarre, ses craintes, ses peurs, ses folies, ses amours et ses si belles chansons. A la lecture des strophes poétiques, les mélodies me trottaient dans la tête.
Cette première partie est prenante, vivante et m'a rendu presque sympathique l'homme que je trouvais vulgaire, provocateur et très ambigu. Cela en était très émouvant.

La seconde partie du livre de Joseph Agostini, psychanalyste, à la deuxième personne du pluriel, nous fait rencontrer l'homme à travers l'analyse à la Freud, l'homme sur le divan.
On descend là vraiment dans les tourments et la psyché de l'artiste.
Cette partie m'a laissée un peu plus imperméable. C'est l’ambiguïté et la notion de perversion de l'homme qui m'a plus gênée. Il est vrai qu'en cherchant aux tréfonds de la conscience de l'homme on peut mieux expliquer les approches et les dérives de l'humain.

En somme très court livre qui a l'avantage de mieux me faire comprendre l'enfant, l'homme que fut Gainsbourg, le pourquoi du comment, et m'a fait retrouver la magie de ses chansons.
Ce qu'on peut lui reconnaître, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas c'est qu'il ne laisse jamais indifférent.

Merci aux Éditions EnVolume et François Sirot de m'avoir fait confiance en me proposant la lecture de cette biographie/essai de celui qui fut un grand nom de la musique française.

jeudi 5 juillet 2018

Arctique l'histoire secrète (Dominique Le Brun)

Bien connue, croit-on, est l'histoire de la conquête du pôle Nord. Et pourtant... Le mot même est ambigu : conquête géographique ou guerrière ? La longue marche des conquérants mérite un examen critique, auquel se livre Dominique Le Brun. 
On découvre ainsi que l'exploration de l'Arctique fut beaucoup plus violente qu'on ne l'a dit. On apprend qu'un mythe soigneusement entretenu, selon lequel il existait au sommet du monde une mer libre de glace, a envoyé à la mort des équipages plein d'enthousiasme ; on s'étonne des querelles à la fois politiques, financières et idéologiques qui ont opposé les explorateurs rivaux ; on comprend que les exploits arctiques de l'État soviétique naissant étaient destinés, en fait, à ouvrir la route des goulags. Et l'on prend conscience, enfin, que l'océan qui s'ouvre sous l'effet de la fonte des glaces est un enjeu stratégique pour l'Europe et l'Amérique, mais aussi pour la Chine, et, surtout, pour la Russie... 

Lui-même navigateur et grand voyageur, Dominique Le Brun est un fin connaisseur de la littérature maritime. Il a réalisé chez Omnibus plusieurs anthologies, consacrées aux phares, au Cap Horn, à la découverte des Pôles, aux pirates... et réédité les grands romans de mer de Forester, Mac Orlan, O'Brian, Peisson, Queffélec, Reeman et Vercel. 

Juste avant la dernière masse critique Babelio, je terminais un livre témoignage de Mike Horn sur sa traversée de l'Antarctique. Fort de mon ressenti très positif de cette lecture, je me suis décidée à cocher ce livre de Dominique Le Brun sur l'Arctique. Et bien m'en a pris. C'est une vrai mine d'informations. 

On y apprend que plus de trois cents ans avant J.-C., le massaliote Pythéas (ancienne Marseille) navigateur et astronome se lance déjà à la recherche de l'étain et de l'ambre dans les mers froides jusqu'à l'Islande avec son navire l'Artémis histoire déjà de découvrir de nouvelles terres où commercer. 
Puis au début de l'ère chrétienne, ce sont des moines navigateurs qui partent à la recherche de nouvelles terres à évangéliser et qui sont fort nombreux à s'installer dans différentes îles des continents Nord.
Bien sûr on ne peut manquer d'évoquer les Vikings, avec leurs fameux drakkars, qui eux partent surtout à la recherche de nouvelles terres pour s'y installer et y demeurer. Ils sont remontés fort loin au-delà de l'Islande vers le Groënland, l'Alaska. 
Et ainsi de suite, ce sont de multiples navigateurs et bateaux qui ont pris le chemin de la découverte vers ce continent mystérieux pour l'époque et cela à des fins de découvertes de routes maritimes qui permettraient de commercer avec la Chine et les Indes. 
Que ce soit les Anglais, les Norvégiens, les Français (avec la découverte de Jacques Cartier du Canada) on assiste à une succession de voyages parfois fructueux mais aussi souvent catastrophiques, avec perte de navire et d'hommes. Le but essentiel étant de trouver une route par le Nord-Ouest qui permettrait de passer le détroit de Bering et retrouver l'Océan Pacifique. 

Le XIXème est donc une période où les expériences des uns font l'expérience des autres. Au fur à mesure, les navires réussissent à remonter à des degrés de latitude de plus en plus haut. 

Tout cela nous est raconté à travers les récits des navigateurs et témoins de l'époque ainsi que les témoignages des journaux de bord. Les différents arguments et théories scientifiques nous expliquent les choix faits par ces aventuriers des mers. Les déceptions mais aussi le courage qu'il a fallu pour partir vers des contrées vierges et inconnues. 
Au fur et à mesure des découvertes et des voyages ont assiste à une évolution des matériels, tenues vestimentaires et alimentation entre autre pour palier au scorbut qui faisait des ravages dans la Marine. 
Evolution aussi dans les moyens de transports : du bateau antique de Pythéas, l'Artémis petit navire d'environ 18 mètres avec un équipage de 20 personnes dont 18 rameurs en passant par les différents navires affrétés le long des siècles qui suivirent, à la découverte de ces nouvelles terres et mers arctiques. 
On assiste donc à une transformation des formes, de la répartition des charges dans le navire, des renforcements des coques, ainsi que du matériel de navigation. 

Roald Admundsen ira même à survoler l'Arctique en dirigeable « Le Norge » plus apprécié qu'un avion car plus fiable, plus sûr et plus maniable. 

Au final, je me dis qu'heureusement l'homme a su dépasser ses peurs et ses incertitudes, a su faire preuve de courage pour partir ainsi à l'aventure de mers et continents totalement inconnus. Bien sûr souvent à des fins commerciales donc mercantiles, mais aussi par pur goût de l'aventure et de la découverte dans le dépassement des limites humaines. Bravo à tous ces grands découvreurs. 

Et merci à Babelio et aux éditions Omnibus pour cette masse critique fort intéressante et instructive. Lecture très prenante et documentée. 

Citation : 
"Croyant à l'existence d'une mer libre au nord des continents, les navigateurs de l'Europe septentrionale cherchèrent longtemps dans cette direction un passage conduisant aux Indes et en Chine. Partout ils trouvèrent la route fermée, mais loin d'être découragée par ces insuccès, ils n'en persistèrent pas moins pendant longtemps dans leurs tentatives….. 
Si erronée que fut cette hypothèse, elle a été cependant utile au développement de la connaissance du globe. Toutes ces expéditions ont, en effet rapporté de précieuses observations et rétréci le domaine de l'inconnu."

mercredi 4 juillet 2018

Journal (Hélène Berr)

Avril 1942, Hélène Berr débute l'écriture de son journal. Elle y décrit, avec une pudeur et une sensibilité extrêmes, son quotidien de jeune juive parisienne : cours à la Sorbonne, lectures et promenades, amours naissantes. Le port de l'étoile jaune, l'application des lois antijuives, la peur des rafles envahissent brutalement sa vie. Jusqu'à son arrestation, en mars 1944. La lucidité et le talent littéraire d'Hélène Berr font de ce témoignage un document exceptionnel.

Née en 1921, Hélène Berr est morte à Bergen-Belsen, en avril 1945, quelques jours avant la libération du camp. Son Journal a obtenu un grand succès critique et public. (Amazon)

" Une voix exceptionnelle de dignité et de lucidité : celle d'une jeune fille tiraillée entre un irrésistible désir de bonheur et la conscience de la tragédie en cours d'accomplissement. " 
Télérama


Vous allez me dire "On connaît l'Histoire, les horreurs, la souffrance et blablabla" oui, je suis d'accord avec vous, on connaît tout cela mais cela n'empêche que j'aime découvrir les différents points de vues mais aussi les différentes sensibilités. 

Hélène nous laisse un tas de références littéraires dans son journal. Elle se révolte mais surtout elle raconte pour ne pas oublier...

Chaque journal intime se ressemble mais est différent. 

L'Antarctique, le rêve d'une vie (Mike Horn)

"Traverser l'Antarctique, c'était mon rêve d'enfant. J'ai décidé d'affronter cette immensité blanche en empruntant un itinéraire jamais exploré, le plus long que l'on puisse envisager : 5 100 km d'une trace presque rectiligne, avec, devant moi, la solitude, les champs de crevasses, les tempêtes de neige, les températures glaciales. 
Cette traversée m'obligera, je le sais, à battre des records de vitesse pour ne pas être englouti par l'hiver. On me prédit l'enfer, une course contre la mort. Après trois semaines de bateau pour rejoindre le continent au milieu des icebergs, je plante fermement mes bâtons dans la glace, mes skis bien parallèles, un traîneau de 256 kg fixé aux épaules. 
L'espace d'un instant, mon cœur se serre. Comme un début de vague à l'âme. Je repense alors à Cathy, ma femme, qui, avant de rejoindre les étoiles, m'avait soufflé : " Vis pour moi, Mike, vis pour nous deux. " Je ne me retournerai plus. Je regarderai devant. Armé de mon seul ski-kite et de mes mollets, je suis loin d'imaginer l'épreuve qui m'attend." 

Mike Horn

Le 7  février 2017, à 22 h 50, Mike Horn, seul et sans assistance, achève sa traversée de l'Antarctique. 5 100 km en 57 jours dans des conditions extrêmes qui l'ont poussé au bout de sa résistance.






Depuis gamine, j'ai toujours aimé les récits d'aventure. 



Depuis ses débuts littéraires, je suis le parcours de Mike Horn. Un homme humble, simple mais qui se surpasse et va au-delà de ses limites (> voir ICI ses autres livres). 



Dur au mal (voire limite insensible ?), il vient à bout de toutes les situations, pousse la machine toujours plus loin. 



Son nouveau livre raconte son envie, son rêve enfin réalisé : la traversée de l'Antarctique.



Un récit glacial que j'ai grandement apprécié de lire sous ma couette avec un thé bien chaud.
Bien écrit, documenté, avec photos (le pendant du suivi que j'ai du compte  de Mike Horn), il nous raconte ses aventures et mésaventures, ses états d'âmes, la dureté de son défi, le combat permanent contre la nature et les éléments.


Au final, j'ai adoré, même si toute contente d'être bien au chaud chez moi pour profiter de cette lecture. L'Aventure est un grand A n'est pas faite pour tous.



Merci aux éditions XO pour ce service presse.


Lorsqu'un récit d'aventure nous emmène bien loin, dans les terres glaciales du sixième continent, on se sent tout petit face à l'immensité de telles terres.

Et il faut des hommes comme Mike Horn pour nous faire vivre à travers ses yeux et son courage des chemins que l'on qualifieraient d'effrayants et d'impraticables pour le commun des mortels.



D'autres s'y sont frottés, en d'autres époques, en d'autres temps avec d'autres moyens. A chacun son défi... 

Ce livre est à la fois un récit d'aventure extrême mais aussi l'autobiographie d'un homme qui repousse toujours plus loin ses limites en différents endroits du globe.

Premier livre que je lis de Mike Horn que l'on connaît aussi à travers ses émissions télévisées. Son témoignage se lit facilement et avec enthousiasme et on vit chaque instant de son périple avec l'angoisse de l'accident qui gâcherait tout.

Très bon moment de lecture.

Un grand merci au Editions XO pour ce service presse.


Comme quoi.... les objectifs que l'on se fixent dans la vie ne viennent pas uniquement de nous, parfois on nous y pousse.
Mike Horn est un grand aventurier mais pas comme certains qui s'engagent dans une aventure pour y chercher une réussite qui sera honorée ou récompensée pour ses exploits. Non, Mike est différent. Ses exploits sont comme des leçons de vie, des chemins initiatiques... et c'est aussi un mode de vie... cette fois, c'est le décès de sa compagne qui le pousse à franchir le pas, qui le pousse à réaliser un rêve d'enfant.
Tout au long de son périple, on le suit pas à pas dans son voyage mais aussi dans les séquences de sa vie.

Je l'ai dévoré, son livre !

Merci aux éditions XO pour ce service de presse qui m'a enchantée !



vendredi 25 mai 2018

Un long chemin vers la liberté (Nelson Mandela)

Commencés en 1974 au pénitencier de Robben Island, ces souvenirs furent achevés par Nelson Mandela après sa libération, en 1990, à l'issue de vingt-sept années de détention.Rarement une destinée individuelle se sera aussi étroitement confondue avec le combat d'un peuple et le devenir d'une nation. Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d'avocats noirs et devenir un des leaders de l'ANC. Dès lors, à travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l'homme clef pour sortir son pays, l'Afrique du Sud, de l'impasse où l'ont enfermé quarante ans d'apartheid.Document majeur sur un des grands bouleversements de la fin du xxe siècle, ce livre est aussi le témoignage d'un combat exemplaire pour la dignité humaine.(Amazon)




Voici une magnifique autobiographie peinte avec précision et finesse. Un livre que je recommande, c'est un homme que tout le monde devrait connaître et méditer sur sa philosophie. 
Trois jours après avoir bouclé la lecture de son livre, j'apprends à la radio le décès de femme Winnie Mandela. Un livre se refermait pour toujours. 
Un vrai coup de cœur. 

lundi 19 mars 2018

Le Koh-I-Noor (William Dalrymple et Anita Anand)




Le 29 mars 1849, un garçon de dix ans est introduit dans la salle des miroirs du fort de Lahore. Malgré ses craintes, il s'avance avec dignité : il est le maharajah du Pendjab. Au cours d'une cérémonie aussi fastueuse qu'humiliante, l'enfant va devoir reconnaître sa soumission à la Couronne britannique et céder à la reine Victoria non seulement l'un des territoires les plus riches de l'Inde, mais aussi l'objet le plus précieux du sous-continent, le célèbre diamant Koh-i-Noor, la Montagne de Lumière. Soucieux de lui établir un pedigree, les Anglais passent aussitôt commande d'une "biographie" de la pierre précieuse. Pour s'acquitter de sa tâche, le jeune fonctionnaire désigné par la Compagnie des Indes orientales a visiblement couru les bazars de Delhi, réunissant toutes les légendes et sornettes que colportait la tradition. L'histoire du Koh-i-Noor de William Dalrymple et Anita Anand dissipe les brumes de la mythologie, mais ce qu'elle révèle au lecteur d'aujourd'hui n'en est pas moins romanesque, avec son lot de meurtres et de trahisons : une archéologie de la cupidité, où se rejoignent les passions privées des maharajahs et la folie collective de l'impérialisme occidental. Craché par un volcan primaire, charrié par le fleuve Krishna jusqu'à Golconde, le Koh-i-Noor ira jusqu'en Afghanistan, avant de venir se loger dans la couronne de la reine Victoria. 

237 pages aux Éditions Noir sur Blanc 
Le 1er mars 2018 


Le Koh-I-Noor, diamant légendaire a une valeur inestimable mais c'est avant tout un symbole : celui de la souveraineté des monarques indiens qui l'ont porté. 

Dans la première partie « Le joyau du trône » William Dalrymple nous relate les tout début de l'histoire de la pierre, ainsi que la signification de la gemmologie dans la pensée indienne antique. A savoir que le diamant n'était pas le bijou le plus précieux, mais plutôt les émeraudes, rubis, grenats et perles qui représentaient un atout magique, surnaturel et de beauté. 
Il nous raconte avec force détails et archives les différents événements et les souverains qui l'ont possédé, soit par la ruse, la force ou la torture. Le Koh-i-Noor (Montagne de Lumière) a assisté à la naissance puis à la chute de nombre d'empires du continent indien. Il a vu ses propriétaires défiler au rythme des complots, des morts brutales à travers l'empire Moghol, l'empire afghan, perse et Sikh. L'histoire est un vrai feuilleton, entre crime et ruse, toute la brutalité du pouvoir est mise à nue à travers ce bijou, qui du coup porte une réputation de porter malheur. On assiste donc, à une description détaillée de tous ses hommes, souverains très charismatiques qui l'ont porté, accroché en brassard au bras en signe de leur souveraineté. 

Puis dans la deuxième partie du livre « Le joyau de la couronne » Anita Anand prend le relais et nous raconte l'annexion par les forces britanniques de la région du Penjab et la confiscation des biens, Koh-I-Noor inclus qui était protégé dans la citadelle de Lahore. Le Maharajah au pouvoir à ce moment là était un enfant-roi de dix ans Dulip Singh (dernier descendant d'une grande lignée) sous la régence de sa mère : la Rani Jindan. La faiblesse du moment et du personnage ont facilité cette prise de pouvoir. 
Le Koh-I-Noor devient alors un symbole de la conquête des Indes pour le 250ème anniversaire de la Compagnie anglaise des Indes orientales. 
L'auteure nous raconte de ce fait l'annexion, les prises de pouvoir, les complots et le dernier voyage que fera la pierre vers sa destination finale, l'Angleterre en 1850. 
Elle nous livre des témoignages sur la vie du dernier Maharajah Dulip Singh, enfant séparé de sa mère, élevé par des britanniques, dépossédé de tous ses biens, puis exilé en Angleterre. 

Ce livre est fort passionnant, de part les informations livrées, mais aussi par l'écriture presque romanesque employé, qui nous fait vivre l'histoire de Koh-I-Noor comme un vrai feuilleton. C'est très dynamique, une vrai biographie de la pierre ainsi que de tous les événements et des personnages qui l'ont possédé. 
Une fois commencé je n'ai eu de cesse que de continuer et j'y ai pris grand plaisir. 

Merci à Babelio et aux Éditions Noir sur Blanc qui m'ont permis de découvrir cette fort instructive et passionnante histoire du Koh-I-Noor qui est à présent encore sujet à controverse entre l'Inde et le Royaume-Uni.

mercredi 7 mars 2018

La ligne de démarcation dans la Vienne de 1940 à 1943 (Christian Richard)




Le 22 juin 1940, l'armistice franco-allemand prévoit le découpage de la France en plusieurs zones séparées par une ligne de démarcation.

Longue de 1200 km et selon un tracé arbitraire, la ligne de démarcation va morceler les départements, les communes, les champs et les bois. Sur le terrain, ce tracé subira des modifications au gré des exigences de l'occupant allemand.

De ce fait, les Allemands vont mettre rapidement en place des mesures pour limiter la circulation des personnes et des marchandises et aussi du trafic postal entre les deux grandes zones (Occupée et non occupée).

En dehors de ses principaux points de passage, routiers ou ferroviaires, la ligne ne peut être tout le temps matérialisée, ce qui va donner lieu à pas mal de quiproquos et incursion de chacun dans la zone non autorisée.

Selon la configuration du terrain, des poteaux aux couleurs allemandes s'élèvent approximativement aux délimitations. Des guérites et des barrières sont installées aux postes de passage, des fermes sont réquisitionnées pour servir de gîtes et de postes de passage au profit tout d'abord de l'armée allemande puis ensuite des douanes allemandes. Du côté français les moyens en matériel et hommes étant plus réduit, un dispositif similaire est plus ou moins mis en place.

Christian Richard à travers ce livre nous livre sa passion pour l'histoire lors de la seconde guerre mondiale dans la Vienne et nous fournit un travail extrêmement précis sur l'état des lieux de passage dans le département de la Vienne, ainsi que du matériel mis en place pour la délimitation de la ligne dans ce département. Mais aussi sur la mise en place des autorisations de passage « Ausweis », et des passeurs clandestins.

Et ce qui est le plus intéressant, personnellement ce sont les témoignages des habitants de la région en zone occupée ou non occupée que j'ai trouvés le plus émouvant. C'est tout une époque révolue qui se déroule devant nous. Des tracasseries de l'occupant, aux difficultés de la vie quotidienne. La ligne séparant des villages, des familles, des entreprises. La préfecture de Poitiers se trouvant en zone occupée et la sous préfecture de Montmorillon en zone non occupée, c'est une véritable cassure administrative qui est mise en place.

Je dis chapeau bas à l'auteur pour toute la compilation d'informations, de détails administratifs sur les matériels, et les gens, les échanges de courriers administratifs, et la mise en lumière d'un tas d'anecdotes personnelles et administratives.

C'est une grosse somme de travail et il faut bien prendre son temps pour lire les différents témoignages de tous ces habitants qui ont eu à subir la cassure de leur pays en deux zones, un vrai crève-cœur.

Le seul bémol que j'émettrais, ce sont les nombreuses coquilles, fautes et omissions de mots qui venaient un peu casser la lecture. Cela n'enlève rien à la richesse de toutes les informations fournies.

Merci à Babelio et aux Éditions La Geste pour cette découverte.




mardi 30 janvier 2018

Petit pays (Gaël Faye)


En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…



Lecture coup de coeur !

J'ai aimé ce ton, ce style pour nous parler de cet épisode dramatique de l'Histoire.

Gabriel nous raconte son enfance, sa vie, ses copains, avec ses mots. C'est drôle, enlevé, je me suis surprise plus d'une fois à rire dans certaines situations (le récit de la circoncision reste mon préféré) ou être révulsée d'autres fois par le peu de cas que les colons font des indigènes.

L'insouciance de l'enfance brisée par la folie des hommes.

Peu à peu le climat change, les évènements se précipitent jusqu'aux massacres que nous connaissons tous. 

Ayant alterné entre lecture sur ma Lisette et livre audio (lu par l'auteur) j'ai pu apprécier les rythmes du Burundi en fin de chapitre, une écriture ciselée et cette lecture à haute voix qui m'a emportée. 

Une lecture/écoute poignante qui vient des tripes. 
Un récit fort et marquant.