jeudi 11 avril 2019

Algérie – Les oubliés du 19 mars 1962 (Alain Vincenot)



Signés le 18 mars 1962, les accords d’Évian, censés mettre fin à la guerre d’Algérie, prévoient un cessez-le-feu le lendemain à midi, les deux parties s’engageant à « interdire tout recours aux actes de violence, collective ou individuelle ».
Il n’en sera rien. Aussitôt, massacres et enlèvements se multiplient pour pousser les pieds-noirs au départ. En quelques semaines, plus d’un million d’entre eux n’ont d’autre choix que « la valise ou le cercueil ».
Les « oubliés du 19 mars » se comptent par dizaines de milliers. De nombreux civils disparaissent sans laisser de trace. Plus de 80 000 harkis, abandonnés par la France, sont exterminés. Entre les accords d’Évian et le 5 juillet 1964 – date du retour en métropole des derniers contingents – près de six cents soldats sont tués ou enlevés en Algérie.
Retraçant les étapes du « grand gâchis » que fut la guerre d’Algérie, cet essai donne aussi la parole aux proches des oubliés. Ils évoquent les souvenirs douloureux de leurs frères, pères, maris…
Autant de récits qui témoignent, aujourd’hui encore, d’une réticence manifeste des gouvernants à faire la lumière sur ces disparitions.


Alain Vincenot, journaliste, écrivain, est l'auteur de La France résistante, histoires de héros ordinaires (Syrtes, 2004), Je veux revoir maman : des enfants juifs cachés sous l'Occupation (préface de Simone Veil, Syrtes, 2005), Les Larmes de la rue des Rosiers (préface d'Elie Wiesel, Syrtes, 2010). Les éditions de l'Archipel ont publié Vel' d'Hiv : 16 juillet 1942 (préface de Serge Klarsfeld, 2012), Pieds-noirs : les bernés de l'Histoire (préface de Boualem Sansal, 2014) et Rescapés d'Auschwitz (2015).


Il y a cinquante sept ans, étaient signés les accords d'Evian mettant fin à la guerre et aboutissant à l'indépendance de l'Algérie, ancien département français.

En effet l’Algérie est française depuis 1830 et est organisée en trois départements depuis 1848: l’Algérois, l’Oranais et le Constantinois. Au début des années 1950, elle est peuplée par environ un million d’Européens (les pieds-noirs) et par environ 8,5 millions de musulmans.

Le lendemain de la signature des accords, malgré les négociations entreprises précisant « qu'aucun acte de violence, collective ou individuelle ne seraient commises à l'encontre de la population », on assiste à une multitude de massacres et d'enlèvements. Population française, harkis, force de l'ordre tous sont ciblés. Et force est de reconnaître que la terreur se faisant, près d'un million de pieds-noirs sont forcés à s'exiler dans leur propre pays, la France.

Cet essai est constitué de deux parties :

La première ayant pour titre « Les grandes étapes du grand gâchis », nous rappelle les grandes lignes de cette guerre qui dura près de 8 ans et où une grande partie du contingent militaire fut envoyée pour maintenir l'ordre. On y retrouve les grands discours des dirigeants de l'époque, des généraux en place, du Général de Gaulle à partir de 1958.

Où l'on voit l’ambiguïté d'un pouvoir politique qui promet d'un côté et retire de l'autre. L'espoir suscité par de beaux discours vite remplacé par la désillusion et le désespoir de la réalité.
On ne peut juger qui est coupable de telle action ou d'une telle autre. Le sang appelant le sang.

Ce livre a le mérite de rappeler le drame vécu par tous ces hommes, femmes et enfants, pieds-noirs, harkis, chrétiens, juifs qui furent tués, enlevés sans trace aucune. Une histoire méconnue, occultée. Je dois dire que j'avais cinq ans à la signature des accords d'Evian, et je n'ai commencé à comprendre ce qui c'était vraiment passé qu'à travers les témoignages de quelques amis pieds-noirs rencontrés sur mes lieux de travail. Je me rappelle à l'époque dans les années 80, je tombais des nus. Comme quoi, on ne connaît jamais assez l'histoire de notre pays. La guerre d'Algérie, oui je l'avais lue et entendue, mais les exactions qui ont eu lieu pendant et après sur la population pieds-noirs et harkis ainsi que sur les militaires en place étaient plus ou moins passées aux oubliettes.

Dans la seconde partie du livre, tout aussi poignante, l'auteur rassemble des témoignages pour raconter les destins brisés de 11 Français oubliés, civils ou militaires, disparus entre août 1957 et septembre 1962 et que l'on n'a jamais retrouvés. Aussi bien des pères, des frères, des fils. Les recherches des familles, les réponses évasives et hautaines des autorités qui ne voulaient vraiment pas s'en mêler. Les militaires enlevés, déclarés déserteurs par les autorités militaires alors qu'ils avaient été tués.

Très poignant, émouvant. Des familles qui ne s'en sont jamais remises. Des reconnaissances des oubliés par différents gouvernements, occultés par d'autres.
Une période triste, cruelle et fratricide. Une grande émotion à cette lecture.

Merci aux éditions l'Archipel de m'avoir permis de lire ce livre témoignage et hommage aux oubliés du 19 mars 1962.

mercredi 10 avril 2019

Arkane, 2 La résurrection (Pierre Bordage)



Après le massacre de son clan, Oziel, fille de la maison du Drac, a réussi à fuir dans les bas-fonds de la cité labyrinthique d'Arkane.
Là, elle va se mettre en quête de son frère aîné et organiser leur vengeance...
De leur côté, Renn, l'apprenti-enchanteur de pierre, et Orik, guerrier venu d'une lointaine contrée arrivent en vue de la grande cité porteurs d'une bien sinistre nouvelle : l'arrivée imminente de l'invincible armée d'invasion qui a déjà anéanti le royaume d'Orik !
Les destinées de notre trois héros vont s'entremêler et décider de l'avenir d'Arkane.


Dans la continuité du tome 1 « La désolation », nous voici reparties à l'aventure avec Angie, à la suite d'Oziel, Jifar, Renn et Orik. Les deux premiers cherchant à rejoindre le frère aîné d'Oziel, Mattéo incarcéré parmi les bagnards dans les Fonds. Les deux derniers faisant route vers Arkane pour prévenir les autorités du danger, et de l'approche imminente d'une armée surpuissante.

Nous avions dans le premier tome assisté au massacre du clan d'Oziel, fille de la maison du Drac et de sa fuite éperdue à travers tous les strates d'Arkane. Du sommet, les Hauts où elle vivait insouciante et nantie elle se retrouve à se faufiler dans des niveaux de moins en moins prestigieux et surtout plus dangereux, les Dits avec ses comédiens, hérauts, artistes, joailliers…, les Marches avec ses commerçants, les Labeurs, ses artisans, les Bas avec ses portefaix, débardeurs et enfin la fin du fin les Fonds et ses bagnards où Oziel compte bien retrouver son frère.
Tous les moyens sont bons pour franchir les étapes, on pourrait presque se croire dans un jeu vidéo à se battre pour passer les niveaux, c'est du moins l'impression que j'ai eu et pourtant je ne suis pas une fan de jeux vidéo ;-)
J'avais oublié Noy, jeune homme nanti, cadet d'une des six familles des hauts qui va avoir un rôle crucial dans la bataille finale d'Arkane avec sa jeune femme Amantara.

Ce deuxième tome est surtout une quête, une étape importante pour Oziel qui a pris possession de son pouvoir à travers le Drac. Le feu la dévore et la sauve.
Renn lui aussi sent grandir en lui son talent d'enchanteur de la pierre, il est poursuivi pas ses ennemis car justement il est un danger pour eux et leur projet d'investir Arkane. Il est bien accompagné avec Orik, son champion et défenseur qui le suit partout et le sort d'affaire en maintes occasions.
Comme l'autre tome, on les suit en alternance dans leurs avancées vers les Fonds et vers le dénouement final.

Lecture plaisante, c'est l'écriture de Pierre Bordage tout de même. Les personnages d'Oziel et de Renn sont de plus en plus approfondis, les épreuves les ont endurcis et rendus plus matures. Ils se rendent compte du rôle qu'ils ont à jouer pour sauver Arkane et aussi à se retrouver.

Joli moment d'aventure fantasy, avec ses héros et ses monstres venus des profondeurs d'Arkane. Je ne mettrai que 4 étoiles, j'ai trouvé que le livre traînait un peu en longueur avec tous ses niveaux à passer.

Niveau écriture, comme toujours elle est fluide et plaisante, Bordage a la pratique et nous fait vivre ses personnages de manière convaincante dans ce monde de fantasy

Les animaux (presque) disparus (Veronica Cossanteli)


George a onze ans et besoin d’argent : on lui a volé son vélo, et pas question d’utiliser celui – rose – de ses sœurs. 

La Ferme des Vers de Terre cherche justement un assistant, et George semble parfait pour ce poste… finalement pas si ordinaire ! Car plutôt que les habituels cochons et poules, ce sont des créatures mythiques, tout aussi dangereuses que merveilleuses, qui peuplent cette ferme.

Entre une licorne, des dodos et des griffons, George a besoin de l’aide de Lo, jeune garçon aux pouvoirs surnaturels, et de Prudence, courageuse orpheline aux cheveux rouges, pour parvenir à s’occuper des habitants de la Ferme des Vers de Terre. Mais surtout, pour s’assurer qu’ils restent cachés… à l’abri de Diamond Pye, la cruelle belle-mère de Prudence, taxidermiste sans scrupules, qui ne rêve que de mettre la main sur Mortifer le basilic et tous ses amis pour les empailler !



Un petit roman jeunesse avec une intrigue captivante, pleine de peps et bien rythmée. 

Amusant, avec un brin de fantastique, des personnages sympathique et attachants, du suspens jusqu'aux dernières lignes. Une grande aventure ! 

Dévoré d'une traite, un roman très plaisant à découvrir.

Merci à NetGalley pour ce service presse.



mardi 9 avril 2019

Gainsbourg sur le divan (Audrey Tordelli et Joseph Agostini)



À partir d'éléments réels (interviews, faits biographiques...), l'exercice de l'essai à la fois littéraire et psychanalytique est ici poussé jusqu'au bout. Quand il meurt, nu, dans son appartement de la rue de Verneuil le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg semble s'être dépouillé de tous ses artifices, de tout ce qui fit Gainsbourg et Gainsbarre, le peintre fou de surréalisme et l'auteur scandaleux de la chanson française, l'amoureux transi et l'obsédé du sexe. Que pense vraiment Serge de son enfance?? De sa rupture avec BB?? Des multiples polémiques dont ses oeuvres ont été l'objet?? Une promenade freudienne à travers les mots d'esprit d'un serial rockeur à tête de chou, foetus ivre de Chopin, être fascinant, qui a toujours tangué entre la beauté des désastres et le goût de l'infini.

144 pages
Éditions EnVolume


Joseph Agostini est psychologue clinicien, psychanalyste. Il est également dramaturge, auteur de nombreuses pièces jouées à Paris et en Avignon On peut se pendre avec sa langue, Barbarie Land, dipe à la folie...). Audrey Tordelli est journaliste, animatrice (France Bleu) et présentatrice (France 3 Corse Via Stella). Après des études littéraires et un master cinéma, elle travaille entre sa Corse natale et les quatre coins de la France. Gainsbourg sur le divan est son premier livre.


Serge Gainsbourg, est né Lucien Ginsburg en 1928 à Paris dans une famille d'immigrés russes, juifs, peintres et musiciens. Auteur-compositeur mythique. J'aimais le musicien, l'homme un peu moins. La faute certainement à l'image provocatrice et misogyne qu'il aimait à donner.

Avec ce livre et l'écriture à la première personne d'Audrey Tordelli, je découvre l'enfant, l'homme en devenir, à la recherche de sa voie, d'abord la peinture, puis ne se sentant pas suffisamment bon, la musique et la chanson.

« Je suis tombé dans la facilité en chanson, jamais dans la peinture. Elle ne l'aurait pas permis, elle, la reine, l'ogresse des égos, celle qui te dévore en une seule bouchée sans te demander la permission, exit les heures passées sur une toile, la sueur qui perle ton front, la nuit entière à griller les cigarettes parce que tu ne trouves pas le sujet adéquat ou la bonne tournure, elle ne fait pas de cadeau, Madame Peinture, qui avale les talents et recrache tous ceux qui sont impropres à la digestion.
La chanson est tombée comme un gagne-pain et elle l'est restée. C'est facile de faire sonner une note, puis deux, de se balancer sur les mots, de se cogner à eux, puis de rebondir, de les tordre et de les mettre en rimes »...
La première partie de cet essai, écrite par Audrey Tordelli, nous retrace donc la vie de cet écorché vif, à la recherche de l'amour, de la reconnaissance. Souffrant de sa laideur et de son mal-être, enfant mal-aimé, timide, non désiré par une mère à qui il ressemble finalement beaucoup. On le voit démarrer dans le monde du show-bizz avec Le poinçonneur des Lilas.
Les femmes auront une grande place dans sa vie malgré sa misogynie avérée. Car Serge Gainsbourg était aussi un séducteur invétéré, avec une vie sentimentale aussi riche que tumultueuse. Marié deux fois, père de deux enfants, compositeur pour Juliette Gréco, il enchaîne avec une liaison aussi courte que passionnée avec Brigitte Bardot. Puis Jane Birkin, l'amour de sa vie et la naissance de Charlotte. Et son idylle avec Bambou et la naissance de Lucien.

J'ai adoré l'écriture de Audrey Tordelli, j'avais l'impression d'entendre Serge Gainsbourg puis Gainsbarre, ses craintes, ses peurs, ses folies, ses amours et ses si belles chansons. A la lecture des strophes poétiques, les mélodies me trottaient dans la tête.
Cette première partie est prenante, vivante et m'a rendu presque sympathique l'homme que je trouvais vulgaire, provocateur et très ambigu. Cela en était très émouvant.

La seconde partie du livre de Joseph Agostini, psychanalyste, à la deuxième personne du pluriel, nous fait rencontrer l'homme à travers l'analyse à la Freud, l'homme sur le divan.
On descend là vraiment dans les tourments et la psyché de l'artiste.
Cette partie m'a laissée un peu plus imperméable. C'est l’ambiguïté et la notion de perversion de l'homme qui m'a plus gênée. Il est vrai qu'en cherchant aux tréfonds de la conscience de l'homme on peut mieux expliquer les approches et les dérives de l'humain.

En somme très court livre qui a l'avantage de mieux me faire comprendre l'enfant, l'homme que fut Gainsbourg, le pourquoi du comment, et m'a fait retrouver la magie de ses chansons.
Ce qu'on peut lui reconnaître, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas c'est qu'il ne laisse jamais indifférent.

Merci aux Éditions EnVolume et François Sirot de m'avoir fait confiance en me proposant la lecture de cette biographie/essai de celui qui fut un grand nom de la musique française.

jeudi 21 mars 2019

C'était à Khorsabad (Jacques Martin, Cédric Hervan, Christophe Simon et François Maingoval)





Alix réjouit tous les amateurs de bande dessinée depuis plus d'un demi-siècle. C'est en 1948, sous le pinceau inspiré de Jacques Martin, qu'apparaît pour la première fois ce personnage de jeune Romain courageux, dans un épisode inaugural intitulé Alix l'Intrépide. Le succès est immédiat. Dès lors, Jacques Martin fera vivre de palpitantes aventures à son héros partout dans le monde antique, nourrissant au passage un appétit jamais rassasié pour l'Histoire. Un goût qu'il sait faire partager comme personne, avec une rare générosité.

Cédric Hervan et Christophe Simon sont deux jeunes dessinateurs talentueux qui collaborent depuis quelques années aux albums de l'univers Martin. Tous deux résident en Belgique.

Jacques Martin est né à Strasbourg en 1921. C'est en 1948 qu'il crée le personnage d'Alix, publié dans un premier temps dans le journal Tintin. Depuis, ce maître incontournable de la bande dessinée classique multiplie les séries avec l'apparition de Lefranc, Jhen, Orion et tout récemment Lois.



Pour ce 25ème tome d'Alix, on retrouve notre héros de retour dans le royaume parthe. Il s'entretient avec le roi Orodès roi de Mésopotamie qui lui confie une mission, remettre un cadeau à César (entre nous soi-dit, un cadeau un peu empoisonné quand on voit le message qu'il transmet avec!!!). Entre temps Alix, par flash-back raconte son passé que nous avions déjà découvert dans « Alix l'intrépide », à Suréna général d'Odorès, qu'il avait déjà rencontré dans le premier tome.

Khorsabad se trouvant sous la tutelle d'un vizir fidèle au roi, Alix par souci de retrouver sa famille voudrait s'y rendre. C'est là que son chemin va à nouveau croiser celui de son ennemi Arbacès. Celui-ci s'est fait une fortune en exploitant la naphte qui est présente en abondance dans la région.

J'ai été fan des histoires d'Alix, il y a longtemps il est vrai et j'ai eu envie de m'y replonger. Mais là j'ai été un peu déçue. Je pensais que le scénariste aurait plus développé la recherche de la famille d'Alix, ce qui n'est vraiment pas le cas. L'histoire part un peu dans tous les sens et c'est dommage.

Les dialogues semblent par moment très pompeux et simplistes. Je ne suis pas une spécialiste, mais les dessins ne semblent pas être dessinés par la même personne entre les premières planches et les dernières. Personnellement je préfère celles de la fin.

Comme vous l'aurez compris mon avis est très mitigé. Contente de retrouver Alix et Enak, mais déçue par le scénario et l'histoire.

La face des eaux (Robert Silverberg)



Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies. Mais lorsque l'armateur Delagard commet l'irréparable, les Gillies décident de chasser les humains. Où fuir ? L'espace est inaccessible. Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu'à se confier à l'océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l'autre côté du monde. S'il existe...Robert Silverberg, l'un des plus grands écrivains américains de science-fiction, nous donne ici un de ses plus beaux romans d'aventures et de mer, dans la veine de Joseph Conrad.


La Face des eaux (The Face of the Waters) est un roman de science-fiction de Robert Silverberg appartenant au genre Planet Opéra publié en 1991.
L'auteur est né le 15 janvier 1935 à Brooklyn (New-York). Romancier et nouvelliste américain.

C'est à travers le challenge Robert Silverberg, que je me suis enfin décidée à reprendre la lecture de ses romans. Jusqu'à présent je n'avais lu que Roma Aeterna que j'avais bien aimé.

Cette fois-ci c'est une toute autre situation, un groupe d'humains en exil de la Terre qui a explosé plusieurs générations auparavant, se retrouve donc sur une planète océan Hydros, dépourvue de terre. Même toujours après cinq générations, l'adaptation de l'humain est très difficile au contact des Gillies, les autochtones de cette planète les acceptent tout juste, du moment qu'ils ne se côtoient pas. Ils sont réfugiés sur des îles artificielles créées par les Gillies

Ce monde, Hydros, héberge de nombreuses créatures dont certaines sont plus ou moins intelligentes et semblent toutes reliées entre elles.
Suite à une grosse bévue de l'un des humains de l’île, la petite communauté dont fait partie le héros principal Lawler, médecin de son état, se retrouve doublement en exil, car chassée de l'île artificielle qu'ils ont toujours connue.

Je n'en dévoilerai pas trop, sur l'histoire, il vaut mieux la découvrir, car ce sont de nombreuses descriptions de faune, de flore toutes plus extravagantes les unes que les autres, mais grâce à l'écriture de Robert Silverberg, que j'aime beaucoup on a l'impression de les voir apparaître devant nous. C'est très coloré, très angoissant, car on ne sait jamais ce qui va tomber sur la tête de nos héros.
Ce sera un voyage très dépaysant, très compliqué, où les incidents alternent avec les périodes de calme pendant lesquels les passagers du bateau se confrontent autour de considérations philosophiques, religieuses, sociétales.
On y découvre un tas de métaphores d'origine bibliques. On sent une recherche métaphysique de l'auteur à travers ses héros.

J'ai bien aimé ce roman, c'est un récit lent, plein de descriptions mais ponctué de scènes d'action : confrontation avec les Gillies, attaque du navire par différentes créatures, tempêtes et trombes d'eau et puis la Face des eaux.
Tous ces éléments nous éclairent sur la personnalité, les buts, les doutes et les délires de chacun des personnages.
Un personnage central, Sundira, la petite amie de Lawler, pose aussi les bonnes questions sur le pourquoi, le comment sur la planète et ses habitants. Je pense que d'eux tous c'est elle qui s'approche le plus de la nature de cette planète dans sa volonté de comprendre le tout.

Chouette livre, mais un peu lent pour moi. Il faut prendre le temps de l'assimiler niveau faune et flore et aimer les voyages maritimes. L'action est quand même présente, on se sent sur le chemin d'une quête. Et que donnera-t-elle ? Je vous laisse le découvrir.

Très bon moment de lecture.

lundi 11 mars 2019

Le journal de Lucas (Philippe Myoux)




Lucas Chanceux vous présente dans son journal un an de sa vie à Bordeaux avec ses trois colocataires : Yoko, Jamel et Victoria. Au fil des mois et des saisons, vous découvrirez, entre autres, son travail dans une librairie, ses amours, ses poèmes et sa passion pour les faits divers. En résumé, vous allez suivre ses aventures extraordinaires du quotidien

212 pages


En février 2017 je découvrais l'écriture de Philippe Myoux à travers une vingtaine de nouvelles dans son recueil « C'est pas la taille du texte qui compte ». Jolie découverte.

En ce début d'année 2019 je viens de lire son deuxième ouvrage, un roman sous forme de journal intime, celui de Lucas Chanceux, il porte bien son nom je trouve ce jeune homme. Nous voici donc parti à sa rencontre et celle de ses amis, Yoko, Jamel et Victoria ses colocs préférés. Une belle amitié que ses quatre là...
Sur 365 jours il nous raconte son travail, ses amours, ses difficultés, ses états d'âmes, régulièrement un petit poème se mélange à ses péripéties de la vie quotidienne.

On pourrait prendre cette lecture comme fastidieuse, il n'en est rien, chaque journée découle de l'autre et ainsi de suite. C'est un joli roman de la vie tout court qui se déroule devant nos yeux.
Et cerise sur le gâteau à travers son travail pour la rubrique du journal d'un ami « Le petit Bordelais non illustré », il nous fait voyager dans Bordeaux avec ses spécialités, ses monuments, ses hommes illustres et cela avec beaucoup d'humour.

C'est léger, frais, plaisant à lire. L'écriture est pleine d'humour. J'ai passé un très agréable moment de lecture.
Merci Philippe pour cette belle prose qui fait du bien.


Citations : 


"Ce soir comme hier
Il éteint la lumière
La nuit a gagné son esprit
Et supprimé toute envie
Demain est un autre jour
Mais à cela il reste sourd
Quand la vie ne donne plus de solution
Rien ne fait illusion
Pourtant allongé il ferme les yeux
Et s'imagine très heureux
Comme une boussole qui retrouve toujours le nord
Sans le savoir au fond de lui il espère encore."


"Les larmes qui ne coulent pas, elles deviennent quoi ?
Est-ce qu'elles attendent sagement derrière les yeux la prochaine tristesse, le prochain bonheur ? Ou bien sont-elles recyclées régulièrement afin d'être vierge de toute émotion passée. Et l'amour qu'on ne donne pas, il devient quoi ? Il se stocke dans le cœur pour une utilisation future ou bien disparaît-il à jamais ? Est-ce qu'un cœur peut exploser d'un trop-plein d'amour non partagé ?
Ne prenons pas le risque, aimons-nous dès maintenant et pour toujours."


vendredi 8 mars 2019

Vieux renards et jeunes loups (Frédéric Métézeau)




« Dégagez-les ! » martelait Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron l’a fait. Un tsunami a balayé la classe politique française en 2017, avec l’arrivée à l’Élysée d’un président de moins de 40 ans, et le départ des trois quarts des députés siégeant à l’Assemblée nationale.
Nombre de ténors omniprésents depuis dix, vingt, voire quarante ans ont soudain disparu des écrans. Certains ont pris une retraite aussi prématurée qu’involontaire ; d’autres ont changé de métier ou se sont exilés.
Frédéric Métézeau brosse ici un portrait de la nouvelle classe politique française : survivants de l’ancien monde – désormais vieux renards – et jeunes loups récemment surgis dont certains devenus ministres ; tous bien décidés à s’imposer.
Fruit de quelque quatre-vingts entretiens, ce livre est un pari. Quels hommes et femmes politiques seront aux commandes en 2022 ? Qui implosera ? Qui s’imposera ?


Frédéric Métézeau, journaliste, ancien chef du service politique de France Inter, s'est livré à une vaste enquête.
Il nous livre dans ce livre, le fruit de tous ces entretiens d'hommes et femmes politiques de tout bord, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

On y rencontre donc les vieux renards, survivants du vaste dégagisme de 2017 suite à l'élection présidentielle et aux législatives, on pourrait les considérer comme les survivants de l'ancien monde et à côté de cela, on assiste à l'émergence des jeunes loups, prêt à en découdre et à faire leur place dans cette vaste arène qu'est la politique.

Très intéressant comme démonstration, on se rend compte que les pires ennemis de chacun, ne sont pas forcément dans le camp adverse mais plutôt dans leur propre camp.
Des vieux renards aux jeunes loups, qui verrons-nous émerger en 2022. L'avenir nous le dira.
Quels sont les enjeux et les aspirations de chacun ? On découvre le parcours de chacun, ses aspirations, son caractère, ses qualités et ses défauts.
Frédéric Métézeau à travers tous ces entretiens, nous livre de manière très concise et très fluide un livre très intéressant et documenté.

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Archipel pour cette masse critique non fiction.

dimanche 3 mars 2019

Le Guépard (Giuseppe Tomasi di Lampedusa)



Le Guépard est avant tout l’histoire d’un homme, Don Fabrizio, l’imposant prince de Salina aux yeux clairs et à la toison couleur de miel, qui trouve refuge dans son observatoire pour s’élever au-dessus des querelles et converser avec les étoiles.

Nous sommes en 1860, Garibaldi vient de débarquer à Palerme, le vent révolutionnaire du Risorgimento agite la Sicile. Don Fabrizio voit se défaire la rigueur de l’ordre ancien et assiste impassible à la ruine de sa classe. Lucide et désenchanté, il s’incline devant la force nouvelle qu’incarne son cher neveu, l’impétueux Tancredi, et c’est avec courtoisie, non sans humour, qu’il demande pour lui la main de la belle Angelica Sedàra, fille de don Calogero dont le grand-père ne savait ni lire ni écrire.



Né en 1896 en Sicile, Giuseppe Tomasi, duc de Palma, prince de Lampedusa, a été militaire avant de se lancer dans l'écriture en publiant deux ouvrages : Le Professeur et la Sirène et Le Guépard. Il meurt en 1958 à Rome.


Pour moi Le Guépard c'était un film (Burt Lancaster, Alain Delon et Claudia Cardinale) visionné il y a très longtemps. Dernièrement avec Eric nous cherchions une lecture commune d'un classique et il m'a proposé ce livre. Je ne connaissais pas l'auteur et j'ai accepté avec plaisir.

Nous voici donc partis à la découverte du monde de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Et oui cette histoire est, celle romancée d'un de ses aïeux. Elle commence en 1860 au moment où Garibaldi vient de débarquer à Palerme et que le vent révolutionnaire du Risorgimento agite la Sicile.

"Le Guépard", c'est l'illustration de cette période trouble du Risorgimento, de la fin des nobles en Italie et de l'élévation d'une nouvelle classe forte… et surtout c'est l'histoire d'un homme, aristocrate, chef d'une famille prestigieuse de Sicile : Don Fabrizio Corbera, prince de Salina dit le Guépard.

« En traversant les deux pièces qui précédaient son bureau, il se flatta d'être un Guépard imposant au poil lisse et parfumé qui se préparait à déchiqueter un petit chacal craintif... »

Au titre et à la carrure du livre, je pensais avoir affaire à une fresque historique mais c'est plutôt à une fresque familiale que l'on assiste, plus particulièrement d'un homme qui voit son pays, son monde changer. L'unification de l'Italie, l'arrivée au pouvoir d'un nouveau roi, tout est remis en question. Et c'est avec lucidité qu'il sent que c'est la fin de sa caste, des privilèges des siens et de ses amis. La montée en puissance de la classe bourgeoise les obligent à composer avec les nouveaux parvenus, quitte à marier leurs enfants car c'est eux qui ont l'argent et les nobles le nom qui flatte.
C'est donc un vaste marchandage qui se met en place par des mariages de convenances, sans grand amour et beaucoup d'intérêt financiers et politiques.
Tancredi, le neveu de Don Fabrizio cynique et opportuniste et la belle roturière tout aussi calculatrice, Angelica, la fille du maire de Fortunaga en sont l'illustre image.

On voit un monde à l'agonie, Don Fabrizio le sent et il se découvre seul malgré sa grande famille. C'est un homme brave, fier et sensible qui est déchiré entre son ancien monde et celui qu'il voit poindre.
Sa fille Concetta, pleine de morgue laissera aussi sa chance passée en éconduisant son cousin pour une malheureuse blague. Triste réalité qu'elle regretta plus tard.
Et parmi tous ses personnages il en est un qui m'a beaucoup touché, c'est le père Pirrone, jésuite attaché à la maison Salina en tant que conseiller ecclésiastique. On assiste à un chapitre savoureux quand il règle une affaire familiale personnelle de la plus belle des manières.

L'écriture de Lampédusa est très soutenue, le vocabulaire très travaillé et surtout on y découvre un humour très présent malgré la mélancolie et la tristesse qu'il y a voir un monde s'écrouler. C'est vraiment une époque complexe à la croisée des aspirations de ces hommes, de ces Siciliens tellement à part avec leurs caractères aussi âpre et aride qu'est leur terre. C'est poignant et violent. On ressent toute la Sicile à travers la vie de Don Fabrizio.

J'ai vraiment adoré, j'ai pris mon temps pour lire ce livre, déguster les mots et les phrases et je remercie Eric de m'avoir accompagnée dans cette lecture qui fut pour moi une très belle découverte.


jeudi 28 février 2019

Mon bilan de #FEVRIER 2019#





FEVRIER 2019
En cliquant sur la couverture, vous pourrez lire mon avis lorsque j'en ai rédigé un


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