mardi 2 juin 2026

Ce qu’il reste de toi et moi (Lylian et Sophie Ruffieux)




Armelle et Entso sont en couple depuis 15 ans. Un travail, des enfants, une petite maison dans la banlieue parisienne. Les jours passent et se ressemblent pour ce gentil couple qui a tout et rien pour être heureux. Lors d'un moment intime, une conversation s'engage, les reproches pleuvent, la crise éclate. Fin de partie.

Armelle et Entso, l'histoire d'un couple qui a tout et rien pour être heureux. De leur rencontre passionnée à la lassitude d'un quotidien rythmé par les enfants, le travail, la routine... leur couple s'effondre lentement, et la séparation devient la seule issue pour Armelle. Éloignés mais ensemble, Armelle et Entso vont explorer ce qu'il reste d'eux et peut-être se donner la chance de se rencontrer à nouveau. Une histoire singulière mais universelle.

115 pages




C’est une belle histoire d’Armelle qui vient de sa Bretagne natale et d’Entso originaire de Madagascar. Elle démarre sur les bancs de l’université de lettres. Ils sont jeunes, amoureux, plein de rêves, de désir. Ils se découvrent, s’aiment et fondent une petite famille avec tout d’abord un garçon, Arthur puis une petite fille Madina. L’amour est là, Armelle se créer sa petite boutique d’antiquaire, Entso, lui se cherche entre les petits boulots et l’écriture de son livre qui lui prend tout son temps. Où trouver le temps de vivre pleinement sa vie familiale avec sa femme et les enfants ?

J’ai adoré cette Bande-dessinée. Elle retrace bien le parcours d’un tas de couples. La jeunesse, la rencontre, la passion, l’amour, l’installation et la création d’une famille et le temps qui passe. Qui bloque, qui lasse bien que l’amour soit toujours là. Chacun cherche son chemin malgré tout et puis ….

J’ai aimé la structure de cette BD, une première partie toute en images, sans écrits et pourtant on ressent tout. La dessinatrice a su bien rendre la rencontre et l’amour d’Armelle et Entso.

Puis la seconde partie il y a dessins et dialogues. Le ressenti de chacun est exprimé à la fois par l’image et les mots. C’est ainsi en alternance jusqu’à la fin.

Les couleurs toutes douces magnifie le dessin et le ressenti. On y voit le quotidien des amoureux, leur séjour en Bretagne sur l’île de Sein quand le père d’Armelle décède. C’est beau, c’est touchant.

Très belle histoire qui m’a fait ressentir beaucoup d’émotions. Je vous la recommande.

Merci à Babelio et les éditions Soleil pour cette masse critique et pour cette très belle découverte.

Les chevaux célestes (Guy Gavriel Kay)




On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l'élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l'élite - et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes. L'impératrice consort du Tagur venait de lui accorder deux cent cinquante chevaux célestes. À lui, Shen Tai, fils cadet du général Shen Gao, en reconnaissance de son courage, de sa dévotion et de l'honneur rendu aux morts de la bataille du Kuala Nor. On me tuera pour s'en emparer. On me réduira en charpie pour mettre la main sur ces chevaux avant même que j'aie regagné la capitale. » Deux cent cinquante sardiens, introduits par son entremise dans un empire qui éprouvait pour ces montures un désir insatiable, qui gravait à leur image des blocs de jade et d'ivoire, qui associait les mots de ses poètes au tonnerre de leurs sabots mythiques. Le monde vous offre parfois du poison dans une coupe incrustée de pierreries, ou alors des présents stupéfiants. Il n'est pas toujours facile de distinguer l'un de l'autre.
Il est une forme de fantasy dont le Canadien Guy Gavriel Kay est le maître incontesté. Entre la Provence médiévale de La Chanson d'Arbonne, l'Espagne de la Reconquista des Lions d'AI-Rassan, l'empire byzantin de La Mosaïque de Sarance, il revisite l'histoire sous une coloration fantastique et l'imprègne de son lyrisme mélancolique si particulier Les Chevaux célestes s'inspire de la Chine du VIle siècle sous la dynastie des Tang.




Les chevaux célestes sont pour les chinois de l’époque Tang, des montures hors pair qu’ils envient farouchement. C’est le royaume de Tagur qui les possèdent. Hors Shen Tai, fils cadet d’un général décédé va se retrouver au centre d’un vaste défi quand, en récompense de son courage et de son abnégation à enterrer les morts d’une vaste scène de bataille, il va recevoir 250 sardiens, c’est à dire des chevaux Ferghana, chevaux racés, résistants et puissants. Des chevaux de guerre qui peuvent changer la donne lors d’un conflit.

Cadeau empoisonné s’il en faut. Suite à ça, Shen Tai va devoir se protéger car de nombreuses tentatives d’assassinat vont être lancées contre lui. Qui peut bien lui en vouloir pour chercher à l’assassiner. La liste est longue et la route sera remplie d’embûches.

Une mystérieuse confrérie de guerriers : les Nankins lui viendront en aide. Ils sont payés par de puissants personnages pour le protéger. A savoir aussi, que Shen Tai a, plus jeune, subi leur formation pour ensuite s’engager dans l’armée, puis suivre des études pour passer les concours pour devenir mandarin. Il a de multiples formations qu’il n’a jamais terminées mais qui en font un homme cultivé et courageux, habile aux armes.

Ce roman est aussi un prétexte à nous faire connaître la Chine des Tang au Haut Moyen-Age chinois. Les guerres, la vie à la cour impériale, les intrigues, les assassinats, la vie des courtisanes, des étudiants nous sont racontés à travers la plume de Guy Gavriel Kay.

On s’attache aux différents personnages qui gravitent autour de Tai, entre autre Wei Song, une Nankin déléguée à sa protection, son ami poète Sima Zian, sa sœur Li-Mei devenue princesse impériale, son premier amour Bruine de printemps source de haine entre lui et Wen-Zou le premier ministre, L’empereur Taizu, l’héritier Shinzu et tant d’autres. Tout est lié, les intrigues sont nombreuses mais elles font avancer l’histoire et les dynasties au fil des manigances et des profits. Un jeu d’échecs où chaque coup est prévu largement à l’avance.

Entre romance et narration historique on se laisse prendre au jeu. L’auteur y mélange les héros fictifs et réels. Dommage qu’il ait changé les noms des vrais protagonistes, il est plus compliqué de s’y retrouver. Plusieurs recherches sont nécessaires.

Je ne suis pas très connaisseuse de l’histoire chinoise, il faut dire qu’ils ont près de 4000 ans d’histoire, mais je veux bien apprendre de cette façon là. J’apprécie toujours autant ce genre d’apprentissage à travers les romans. Surtout aussi bien écrit que les romans de Guy Gavriel Kay.

 A très bientôt avec la suite.




dimanche 26 avril 2026

La parabole des talents (Octavia Butler)

 



Californie 2032. La fille de Lauren, Asha, créatrice de jeux virtuels, découvre le journal dans lequel Lauren a posé les bases de Semence de la Terre, bible humaniste et pacifiste.
Dans un pays au comble du chaos, les élections portent au pouvoir le révérend Jarret, un chrétien fondamentaliste. L'Amérique renoue avec la grande tradition de l'esclavagisme, dernière étape avant l'ouverture de camps de détentions destinés aux rebelles. C'est le sort réservé à la communauté Semence de la Terre. Lauren entre en résistance et subit le pire sans jamais se résigner, masquant son hyper empathie à ses bourreaux, et luttant pour s'évader, retrouver les siens et réensemencer la vie.
Prix Nebula 1999




Avec le premier tome La parabole du semeur, l’on voit émerger une petite communauté au sein de la Chênaie, petit havre de paix créé par Lauren Olamina et son mari Bankole. Un petit groupe s’est constitué au fur et à mesure des pérégrinations de nos héros, à la recherche d’un endroit où vivre en paix.
Olamina, La guide comme la nomme les enfants de la communauté, a subi très jeune de nombreuses épreuves, destruction de sa famille, de ses amis, rudesse de l’exil et de la survie sur les routes.
C’est une femme qui s’est forgée une force, une détermination qu’elle mettra au service d’une foi pour une nouvelle religion qu’elle a inventée. Dieu est changement, mais il faut compter sur soi et non sur lui pour survivre et obtenir soi-même ce que l’on souhaite. Par là-même, Lauren a un cœur qui déborde pour ceux qui ont en besoin et en qui elle croit. La solidarité, l’entraide ne sont pas des mots anodins pour elle. Elle donne, elle prend lorsque c’est nécessaire. Le monde dans lequel elle vit nécessite souvent la loi du talion. On ne peut survivre qu’en se défendant et défendant ceux qu’on aime.

Dans ce deuxième tome, les épreuves sont à nouveau là. Elle perd tout, sa famille, sa liberté, sa dignité mais toujours elle résiste. Elle soutient du mieux qu’elle peut ceux qui comptent pour elle. Les croisés de Jarret, nouveau président des États-Unis commettent des atrocités, et elle n’aura de cesse de retrouver les enfants enlevés aux parents de ses disciples mais surtout de revoir sa petite Larkin, sa fille de deux mois qui lui a été arrachée.

La première partie du roman est surtout consacré à l’installation, la défense de la communauté, la mise en pratique des convictions de Lauren et de son groupe, communauté autonome qui prône l’entraide et l’éducation ainsi que la solidarité entre ses membres. Le dialogue est primordial, toute décision est prise en commun. La vie est rude mais heureuse. La menace rôde après l’accession au pouvoir de fanatiques religieux. La pays est en grande détresse, les inégalités flagrantes et outrancières, la pauvreté, l’anarchie font accéder à la tête du pays un soi-disant sauveur qui va créer de terribles représailles à l’encontre de ceux qui ne sont pas dans ses normes. L’esclavage est de retour et l’utilisation de colliers de servitude devenir chose commune. Lauren et ses amis en feront l’amère expérience.

La deuxième partie est particulièrement rude à lire, les exactions, les tortures, viols, meurtres d’innocents font partie du lot des prisonniers. Malgré tout, l’espoir, la force du groupe est là. Beaucoup d’entre eux vont mourir. Mais Semence de la terre reste toujours dans la tête de Lauren Olamina. On suit son cheminement, la création de son mouvement.

Entre anticipation et dystopie, Octavia Butler nous raconte sa vision d’un monde futur où le fanatisme, les crises écologiques, économiques et sociales peut entraîner un continent à tomber dans une folie meurtrière envers les plus faibles et où les riches se barricadent et oppriment à qui mieux mieux. L’espoir est quand même là, le mieux côtoie le pire. Aux hommes et aux femmes de bonnes volonté de ramener un semblant d’humanité dans un monde en pleine déliquescence.

Ce deuxième tome a été particulièrement difficile à lire surtout dans la seconde moitié et ce n’est pas Fifrildi, ma chère co-lectrice qui me contredira . Comme dans Liens de sang, l’auteure décrit crûment les exactions commises.
J’ai préféré le 1er tome, plus porté sur l’action que sur l’introspection, la fin du 2ème tome me laissant avec un sentiment d’inachevé. La vision science-fiction d’Octavia Butler n’étant pas assez développée à mon goût.

Une lecture en demi-teinte, avec une grande préférence pour le premier tome. Ce second tome est trop plein de violences, exactions. A noter néanmoins, les débuts de chaque chapitre qui sont émaillés de citations de Semence de la Terre, en forme de vers qui retracent les choses essentielles de la vie.

Merci à toi Fifrildi pour ton accompagnement de cette lecture qui a été parfois difficile ;-)




dimanche 12 avril 2026

La parabole du semeur (Octavia Butler)

 


Roman traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Rouard. 2024. Le nouveau président des États-Unis provoque une crise sans précédent. Dérèglement social et climatique, épidémies, pauvreté, violences... Dans ce décor post-apocalyptique, la barbarie règne, les murs s'élèvent. La fille d'un pasteur noir atteinte d'hyper-empathie entame la rédaction d'une Bible d'espoir et d'humanité, Le Livre des Vivants. Une anticipation visionnaire.



Paru en 1993, La parabole du semeur (Paroble of the Sower) d’Octavia Butler, nous plonge dans notre époque à partir de 2024. Les États-Unis d’Amérique sont en pleine déliquescence : catastrophe climatique, violence, drogue, pillages sont monnaie courante. Les sans-abris sont légions, les drogués deviennent fous de rage, les crimes, les pillards sont légions.

La narratrice, Lauren,15 ans comprend vite que le monde de ses parents ne reviendra pas, la communauté où ils vivent est entourée de barbelées, des rondes et des gardes sont mises en place pour éviter le pire.
Il y aurait bien une alternative, s’engager auprès de grandes compagnies industrielles qui offrirait le gîte, le couvert et la protection contre tous ces maux. Mais sa famille comprend vite que ce n’est qu’une forme d’esclavage moderne pour mieux dominer la main-d’œuvre à bon marché.
Et un jour, le pire arrive. Tout son monde s’écroule. Lauren et son ami Harry se retrouvent à s’exiler plus loin vers le Nord, avec l’espoir de trouver un avenir meilleur. La route de l’exil va les plonger dans un plus grand abîme. La violence, le crime, la barbarie sont omniprésents.

Quête initiatique, recherche d’une nouvelle religion, philosophie de vie, Octavia Butler nous livre ici un roman où le pire rencontre le mieux. Sur ce chemin d’espoir d’une vie meilleure ils feront de mauvaises rencontres, mais en parallèle un groupe va se constituer avec des personnes comme eux à la recherche d’un havre de paix.

Un roman qui se lit avec grande facilité, malgré la dureté de certaines scènes. La nature humaine y est décrite dans toute sa complexité. Les brutes côtoient les plus faibles, c’est la loi du plus fort. Mais l’entraide, la solidarité voit le jour au sein du groupe et apporte réconfort et humanité à ceux qui le constituent.
La narration est faite sous forme de journal. Lauren raconte chaque jour ses pensées sur sa philosophie du changement, sorte de religion adaptée à la problématique du moment, leurs difficultés au cours de leurs pérégrinations.

J’ai bien aimé m’immerger dans ce monde à travers l’écriture d’Octavia Butler. C’est le deuxième roman que je lis d’elle dans le cadre du challenge duo/auteurs de Fifrildi. Une belle découverte que cette auteure. Son écriture est vive, plaisante et prenante. Les chapitres sont rapides et plein d’action. Ce qui n’est pas pour me déplaire.

Merci à toi Fifrildi pour l’accompagnement dans cette lecture qui ne demandera qu’à se poursuivre. La suite : La parabole d
es talents nous attend ;-)

L’or des Espagnols T9 des aventures de Fanch Leroy (François Lange)



En ce début de l’été 1862, le préfet du Finistère semble avoir toutes les raisons de se montrer inquiet. Un aristocrate a été retrouvé dévoré par ses cochons, dans son manoir de Saint-Yvi, et un prêtre sauvagement assassiné dans le presbytère de la paroisse voisine.
Chose étrange, au moment de leur mort, les deux victimes se trouvaient en possession de pièces en or espagnoles datant du XVIe siècle.
Dans ce contexte, à la fois sensible et compliqué, François Le Roy se voit chargé de l’enquête mais, à peine arrivé dans la région, il est lui-même victime d’une tentative de meurtre. Installé dans un Concarneau en pleine mutation économique et sociale, le « Policier de l’Empereur » devra simultanément affronter plusieurs adversaires redoutables. L’Or des Espagnols fait tourner les têtes… pour le meilleur et pour l’Empire !
Roman d’aventures autant que polar historique, "L’Or des Espagnols "offre une fresque vivante où se croisent sociétés secrètes, espions étrangers et tueurs sans scrupule. Une intrigue haletante, servie par un sens aigu du détail et une reconstitution soignée, qui fera vibrer les amateurs d’Histoire, de suspense et de grandes énigmes.





9ème tome des aventures de Fanch Leroy, polar régional breton, L’or des Espagnols nous rappelle que lors des guerres de religions et des Ligues sous Henri IV, la Bretagne était occupée par des troupes espagnoles à différents points stratégiques de la Bretagne et ceci en aide aux troupes catholiques.

1862, une affaire criminelle va ramener à la surface ces évènements.
Un crime atroce est commis. Tout d’abord un aristocrate est retrouvé mort dévoré par des cochons, puis un prêtre est assassiné dans son presbytère.
Ils semblent affiliés à une mystérieuse confrérie royaliste. Les autorités impériales prennent cette affaire très au sérieux et dépêche l’Inspecteur principal Fanch Le Roy sur les lieux.

Ce petit polar régional nous amène à Concarneau et ses environs. L’affaire policière est le prétexte pour l’auteur de nous raconter le pays, les habitants, les coutumes, les évènements historiques et évolutifs de l’industrie sardinière qui ont fait la fortune des industriels de Concarneau.
Un lexique attenant à la fin du volume, nous décrit avec précision les différents points intéressants de l’époque.

Dans cette collection, je connaissais plus particulièrement les aventures de Mary Lester l’héroïne de Jean Failler. Avec cette série je découvre Fanch Le Roy, policier impérial bigouden,faisant partie du Cabinet de l’Ombre, sorte de police secrète de Napoléon III. François Lange a une belle connaissance de l’histoire et des coutumes de la région et nous livre là, un sympathique héros tout en couleur, aventureux et téméraire.

J’ai vraiment bien aimé, l’histoire est prétexte à mieux connaître les petits événements de la région ainsi que les hommes qui l’ont faits. Il y a de l’humour, la gastronomie est aussi à l’honneur ainsi que les bons vins. Nos héros en sont particulièrement friands ;-)
Un petit roman policier historique que j’ai pris grand plaisir à découvrir. A l’occasion je lirai volontiers les autres tomes.

Merci à Babelio et aux Éditions Palémon pour cette masse critique mauvais genre.

Voyage léger (Naomi Mitchison)

 




Après avoir été recueillie par les ours des forêts septentrionales, la jeune Halla est rapidement confiée à Uggi, un Maître-Dragon qui l’élève selon les principes de la draconité. Mais le règne de ces créatures ancestrales touche à sa fin, et un choix s’impose bientôt à Halla : vivre tels les dragons, amassant des trésors, ou voyager léger. Des lointaines contrées du Nord à la cité de Constantinople, elle arpentera le monde, portée par la sagesse des bêtes et la cruauté des hommes.

En 1952, paraît un texte lumineux, poétique et féministe avant l’heure. Une véritable ode à la différence et à la liberté, où l’apprentissage du monde passe avant tout par la quête de soi. Augmenté d’essais d’Amal El-Mohtar et de Samantha Shannon, ce conte merveilleux – souvent comparé au Hobbit de Tolkien –, ravira aussi bien les plus jeunes que les lecteurs aguerris, tant l’approche de Naomi Mitchison (1897-1999), entre légèreté et sagesse, est universelle.
 



Voyage léger est une bien belle découverte d’une autrice que je ne connaissais absolument pas. A la traduction française on ne trouve d’ailleurs pas grand-chose de son œuvre qui fut pourtant large.

Ce petit roman, conte fantasy démarre comme tout conte pour enfant : il était une fois… une petite fille abandonnée par son père le roi et sa marâtre. Sa nourrice, métamorphe ourse va la sauver et la prendre sous son aile pour sa première année. Mais comme toutes ses congénères ourse, elle doit hiberner et confie l’enfant à un ancien dragon Uggi qui va élever et former Halla à la draconité.

Ce début d’histoire a tout d’un conte pour jeune enfant, mais petit à petit on retrouve les codes de la fantasy avec les dragons, les trolls, les animaux qui parlent et communiquent avec notre petite héroïne. Et puis Halla grandit et part à l’aventure de ce vaste monde, à la découverte de ce qu’est vraiment l’homme et la société.

Tout au long l’auteure nous raconte aussi les différentes mythologies scandinaves, russes, la religion chrétienne et les dérives des grandes cités asservies aux tyrans. On se retrouve de Byzance à Kiev en passant différentes contrées.

Halla va grandir, apprendre et faire ses propres choix.

J’ai trouvé ce roman jeunesse frais, agréable à lire, un langage des années 1950, soutenu et riche. De belles descriptions de la nature et des régions visitées. Une grande sensibilité émerge de cette histoire. On s’attache à cette jeune fille qui finalement suit sa propre quête et prend les décisions qui lui conviennent pour son propre bonheur.

Merci à Babelio et aux Éditions Callidor pour ce très beau livre aussi bien le contenant que le contenu.

jeudi 12 mars 2026

Liens de sang (Octavia E. Butler)

 





Dana, jeune femme noire d'aujourd'hui, se retrouve propulsée au temps de l'esclavage dans une plantation du Sud et y rencontre ses ancêtres... Un roman d'aventure qui explore les impacts du racisme, du sexisme et de la suprématie blanche.




Que je suis contente de m’être inscrite au challenge Trio auteurs sfff de Fifrildi. Je n’aurais jamais connu Octavia Butler sinon. Auteure afro-américaine, c’est avec ce roman qu’elle se rend célèbre en 1979, en VO : Kindred.

Je dois dire que je l’ai lu d’une traite de bout en bout. Une fois en main, je ne l’ai plus lâché.

C’est l’histoire d’une femme noire américaine, moderne, libre et en couple qui se retrouve projetée dans un passé lié à ses ancêtres dans les États du Sud au Maryland. Qui dit Sudiste, dit esclavage. C’est donc dans un monde extrêmement violent pour elle qu’elle débarque avec sa vision du monde des années 1970.

On assiste à ses allers-retours entre son époque et ce début du XIXème siècle.

Les personnages, leur personnalité, leurs défauts, leurs hésitations et leur perception de leur monde réciproque sont fort bien décrits. Dana et Kevin, femme et homme de notre monde moderne se retrouvent confrontés à leurs propres certitudes et ce qu’ils trouvent en face d’eux en débarquant en 1819. On y rencontre aussi Rufus jeune enfant que l’on voit évoluer au fil des transferts de Dana. De l’innocence de l’enfance à l’évolution à l’âge adulte, on se rend compte que l’environnement et l’exemple influe grandement sur le devenir d’une personnalité.

J’ai trouvé ce roman passionnant et très bien écrit. C’est vivant, dynamique, effrayant et captivant vu les conditions décrites de la vie des esclaves et de l’emprise qu’à l’esclavage sur la soumission par la violence.

L’historique prédomine je trouve sur le fantastique. Les voyages dans le temps sont surtout prétexte à nous faire vivre les conditions horribles des esclaves. Dans leur vie de tous les jours mais aussi quand n’en pouvant plus ils cherchent à fuir. Dana le vit dans son esprit, dans sa chair. Elle s’assimile à ses ancêtres et frères de douleurs.

Un excellent roman très édifiant que je vous recommande. Je continuerai avec cette auteure, ça c’est sûr.


Le laboratoire des ombres (David S. Khara)

 






Londres, 1841. Un mystérieux paquet livré dans l’ombre.Un fonctionnaire retrouvé mort. Une invention qui pourrait changer le monde. Ou le détruire...Ashton, agent secret britannique aux multiples visages, plonge au cœur d’une affaire qui menace l'équilibre de l’ordre mondial.Les découvertes révolutionnaires de Michael Faraday sur l’électricité attisent toutes les convoitises et pourraient, entre de mauvaises mains, se transformer en arme dévastatrice. Le savant visionnaire et Ashton s’engagent dans une course contre la montre pour déjouer un complot aux ramifications insoupçonnées.Mêlant polar historique et roman d'espionnage victorien,Le Laboratoire des ombres vous plongera dans une aventure sombre et haletante, où une seule étincelle pourrait bien embraser le monde...




Londres 1841, le siècle des découvertes électriques et technologiques.

Un crime suspect au niveau scientifique va mettre un agent secret, Ashton sur les traces d’un dangereux assassin. Tout semble mener à des recherches plus que révolutionnaires d’un certain Michael Faraday, personnage historique réel qui se fond plus que bien dans l’intrigue.

Ses recherches semblent avoir fait des émules mais pas dans le bon sens. Un engin de mort bien particulier semble découler de ses travaux.

On assiste donc à une histoire mêlant espionnage, recherches scientifiques et polar. Un complot semble se mettre en place. C’est donc la course contre la montre dans un Londres victorien, où se côtoient aussi bien les gros bras que les agents de renseignements.

On y rencontre aussi Elvina, jeune aristocrate fantasque qui se trouve très intéressée par les recherches de l’illustre physicien Faraday.

Tout ce petit monde fera de son mieux pour déjouer ce complot.

Petit clin d’œil à la montée en puissance de certaines unités de renseignements nationales comme internationales. Le pays en a grandement besoin dans les enjeux géopolitiques de l’époque.

Roman qui se lit facilement, chapitres courts, ambiance de l’époque bien ressentie des bas-fonds aux maisons cossues.

Les notions d’électricité sont évoquées à travers les discours de Faraday et aussi les sacrifices faits à la santé des chercheurs quand ils côtoient des phénomènes inconnus à l’époque.

J’ai bien aimé à la fin, le chapitre très intéressant consacré au savant Michael Faraday, génie du XIXème siècle.

Une suite semble s’annoncer. Nos héros ont encore de beaux jours devant eux. ;-)

Merci à Babelio et les Éditions Maison Pop pour cette masse critique privilégiée.

Je voulais vivre (Adélaïde de Clermont-Tonnerre)





Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady. Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires. Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.



Prix Renaudot 2025, je me l’étais mis en pense-bête suite à une interview à la télévision. Et oui, un roman qui parle de Milady, la grande méchante du chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas « Les trois mousquetaires ».
J’ai lu la trilogie il y a fort fort longtemps, du temps de mon adolescence. J’étais déjà à l’époque, fan de romans historiques. Entre Les trois mousquetaires, Vingt ans après et le Vicomte de Bragelonne, je m’étais régalée. Un pour tous, tous pour un !!!

Et voilà, Adélaïde de Clermont-Tonnerre qui sort ce roman sur Milady de Winter. Une claque, un coup de cœur. La méchante de Dumas trouve grâce à mes yeux.

Avec l’écriture de l’autrice, on comprend mieux cette femme si extraordinaire, le pourquoi et le comment de ce qu’elle est. Elle est d’abord une enfant dépossédée de tout, traumatisée par des événements horribles. Elle apprend très tôt à se méfier de tout et de tout le monde. A part quelques rares personnages qui la protégeront et la guideront, l’insécurité sera toujours là.

La couverture du livre le dit bien : « Je voulais vivre – Milady n’est pas une femme qui pleure. Elle est de celles qui se vengent ».

Milady a de nombreuses identités mais elle surtout la petite Anne qui a appris à se défendre seule, elle est vive, tourmentée, rebelle et belle. Elle espère comme toute femme au bonheur et à la paix, mais les circonstances et sa beauté la mène vers d’autres chemins.

Le fil du roman s’articule à travers différents témoignages.

Tout d’abord celui de d’Artagnan, lors de la bataille de Maastricht entre deux combats, celui-ci se confie à son compagnon de combat. Il lui raconte cette funeste soirée de la mise à mort de Milady sans procès, ni défense. Il lui raconte surtout ses doutes et ses regrets .

Puis de nombreux personnages qui ont croisé Milady donnent leur version des faits. Au fond l’autrice donne la parole à la défense que la jeune femme n’a pas pu avoir avant sa mort.
« J’avais vingt-cinq ans. J’étais femme. J’étais mère. Je servais la France. Et je voulais vivre. »

J’ai pris grand plaisir à lire ce roman, il réhabilite le personnage de Milady avec ses failles et ses défauts. Il la rend accessible et on sent de l’empathie pour le personnage. Elle est une femme avec ses qualités et ses défauts, ses choix sont les siens. Ils sont souvent guidés par son envie de vengeance et pourtant elle aspire à la paix.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a su avec brio s’imbriquer dans le roman de Dumas en donnant la parole à celle en qui on ne voyait que le mal. Finalement, tout dépend de quel bord on se place, l’adversaire étant toujours l’ennemi et le mal incarné.

Excellent roman qui m’a beaucoup touché, j’ai adoré l’écriture de l’autrice, vive, élégante et dynamique. Prix Renaudot bien mérité je trouve.


mardi 3 février 2026

Le point armé de Dieu (Hubert Prolongeau)




Un western plein de fureur, entre violence et fanatisme religieux.

« Je fais une prophétie, Orrin. Tant que tu resteras loyal à la vraie foi, aucun de tes ennemis ne pourra te faire de mal. Tu nous es revenu avec de longs cheveux sur la face, comme Samson. Ne les coupe jamais, et aucune balle ne t’atteindra. »

Dans l’ombre de Joseph Smith, fondateur de l’Église mormone, il y a Orrin Porter Rockwell, l’ami des premières heures devenu garde du corps. Son premier et plus grand fidèle. Pistolet à la main, il est prêt à tout pour défendre l’intégrité du prophète, quitte à menacer, piller ou tuer. Et qu’importe si cela fait de lui un fugitif, un hors-la-loi… Le lien qui l’unit à Joseph dépasse toutes les lois humaines. Il est l’exécuteur de la justice divine, le Poing armé de Dieu.

Hubert Prolongeau est journaliste indépendant ( Le Monde , Télérama ), chroniqueur (France Culture) et auteur de plusieurs livres et scénarios de bandes dessinées. Dans ce nouveau roman, il revient sur les grandes heures de la fondation de la religion mormone et interroge le rapport entre foi, violence et fanatisme religieux.




Le point armé de Dieu, l’ange destructeur ainsi que Samson de part sa longue chevelure, de nombreux surnoms ont été attribués à Orrin Porter Rockwell, garde du corps et ami de Joseph Smith fondateur du mouvement mormon au 19ème siècle dans une Amérique en formation.

Il naquit le 28 juin 1813 à Belchertown, dans le Massachusetts. Sa famille était proche des Smith, c’est ainsi qu’il fit connaissance de Joseph, plus âgé que lui. Orrin, de part l’époque, l’environnement et certainement son tempérament baigne dans un environnement violent et agressif. Le début du roman en est la preuve à la façon dont se règle déjà à l’âge de 15 ans une affaire de vengeance.

L’auteur a choisi de faire d’Orrin, le narrateur de son histoire. On se retrouve ainsi dans sa tête, dans ses choix, dans son absolue confiance en Joseph à qui il restera fidèle jusqu’au bout.

A travers lui, on assiste à la création et à la montée du mouvement mormon. Dans un monde en constante évolution, très puritain et majoritairement protestant, cette nouvelle religion va avoir du mal à trouver son territoire. Les convertis se pressent autour de leur prophète, construisent des villes et temples. Ils cherchent un endroit où s’installer ce qui n’est pas du goût de la population locale. Vite des affrontements, des massacres ont lieu. Des obligations de quitter les territoires les feront aller d’État en État.

L’époque est très violente, c’est la loi du plus fort qui prédomine. Rockwell est illettré mais sa force, son habileté au pistolet et son absolue fidélité à sa foi et aux institutions mormones ont font un bras armé fort efficace. Personnellement c’est le côté historique qui m’a le plus intéressé. A travers son roman, bien écrit, fluide et percutant l’auteur nous décrit la création, l’évolution du mouvement. Il n’y parle pas de doctrine mais plutôt de mise en place d’un processus pour faire émerger un mouvement communautaire.

J’ai lu ce livre, alors que mon mari regardait sur Netflix la mini-série A l’aube de l’Amérique, qui finalement est la suite de ce roman. On y retrouve le successeur de Joseph Smith , Brigham Young qui fut le premier gouverneur mormon de l’Utah où se sont réfugiés une partie du mouvement après l’assassinat de Joseph Smith. Comme le livre, l’action y est très violente, les images ayant double effet. L’intérêt historique est là mais cette violence terrible est difficile à supporter.

Merci à Babelio et les éditions Seuil cadre noir pour cette masse critique privilégiée qui m’a permit de découvrir un pan de l’histoire américaine que je ne connaissait absolument pas.