dimanche 12 avril 2026

La parabole du semeur (Octavia Butler)

 


Roman traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Rouard. 2024. Le nouveau président des États-Unis provoque une crise sans précédent. Dérèglement social et climatique, épidémies, pauvreté, violences... Dans ce décor post-apocalyptique, la barbarie règne, les murs s'élèvent. La fille d'un pasteur noir atteinte d'hyper-empathie entame la rédaction d'une Bible d'espoir et d'humanité, Le Livre des Vivants. Une anticipation visionnaire.



Paru en 1993, La parabole du semeur (Paroble of the Sower) d’Octavia Butler, nous plonge dans notre époque à partir de 2024. Les États-Unis d’Amérique sont en pleine déliquescence : catastrophe climatique, violence, drogue, pillages sont monnaie courante. Les sans-abris sont légions, les drogués deviennent fous de rage, les crimes, les pillards sont légions.

La narratrice, Lauren,15 ans comprend vite que le monde de ses parents ne reviendra pas, la communauté où ils vivent est entourée de barbelées, des rondes et des gardes sont mises en place pour éviter le pire.
Il y aurait bien une alternative, s’engager auprès de grandes compagnies industrielles qui offrirait le gîte, le couvert et la protection contre tous ces maux. Mais sa famille comprend vite que ce n’est qu’une forme d’esclavage moderne pour mieux dominer la main-d’œuvre à bon marché.
Et un jour, le pire arrive. Tout son monde s’écroule. Lauren et son ami Harry se retrouvent à s’exiler plus loin vers le Nord, avec l’espoir de trouver un avenir meilleur. La route de l’exil va les plonger dans un plus grand abîme. La violence, le crime, la barbarie sont omniprésents.

Quête initiatique, recherche d’une nouvelle religion, philosophie de vie, Octavia Butler nous livre ici un roman où le pire rencontre le mieux. Sur ce chemin d’espoir d’une vie meilleure ils feront de mauvaises rencontres, mais en parallèle un groupe va se constituer avec des personnes comme eux à la recherche d’un havre de paix.

Un roman qui se lit avec grande facilité, malgré la dureté de certaines scènes. La nature humaine y est décrite dans toute sa complexité. Les brutes côtoient les plus faibles, c’est la loi du plus fort. Mais l’entraide, la solidarité voit le jour au sein du groupe et apporte réconfort et humanité à ceux qui le constituent.
La narration est faite sous forme de journal. Lauren raconte chaque jour ses pensées sur sa philosophie du changement, sorte de religion adaptée à la problématique du moment, leurs difficultés au cours de leurs pérégrinations.

J’ai bien aimé m’immerger dans ce monde à travers l’écriture d’Octavia Butler. C’est le deuxième roman que je lis d’elle dans le cadre du challenge duo/auteurs de Fifrildi. Une belle découverte que cette auteure. Son écriture est vive, plaisante et prenante. Les chapitres sont rapides et plein d’action. Ce qui n’est pas pour me déplaire.

Merci à toi Fifrildi pour l’accompagnement dans cette lecture qui ne demandera qu’à se poursuivre. La suite : La parabole d
es talents nous attend ;-)

L’or des Espagnols T9 des aventures de Fanch Leroy (François Lange)



En ce début de l’été 1862, le préfet du Finistère semble avoir toutes les raisons de se montrer inquiet. Un aristocrate a été retrouvé dévoré par ses cochons, dans son manoir de Saint-Yvi, et un prêtre sauvagement assassiné dans le presbytère de la paroisse voisine.
Chose étrange, au moment de leur mort, les deux victimes se trouvaient en possession de pièces en or espagnoles datant du XVIe siècle.
Dans ce contexte, à la fois sensible et compliqué, François Le Roy se voit chargé de l’enquête mais, à peine arrivé dans la région, il est lui-même victime d’une tentative de meurtre. Installé dans un Concarneau en pleine mutation économique et sociale, le « Policier de l’Empereur » devra simultanément affronter plusieurs adversaires redoutables. L’Or des Espagnols fait tourner les têtes… pour le meilleur et pour l’Empire !
Roman d’aventures autant que polar historique, "L’Or des Espagnols "offre une fresque vivante où se croisent sociétés secrètes, espions étrangers et tueurs sans scrupule. Une intrigue haletante, servie par un sens aigu du détail et une reconstitution soignée, qui fera vibrer les amateurs d’Histoire, de suspense et de grandes énigmes.





9ème tome des aventures de Fanch Leroy, polar régional breton, L’or des Espagnols nous rappelle que lors des guerres de religions et des Ligues sous Henri IV, la Bretagne était occupée par des troupes espagnoles à différents points stratégiques de la Bretagne et ceci en aide aux troupes catholiques.

1862, une affaire criminelle va ramener à la surface ces évènements.
Un crime atroce est commis. Tout d’abord un aristocrate est retrouvé mort dévoré par des cochons, puis un prêtre est assassiné dans son presbytère.
Ils semblent affiliés à une mystérieuse confrérie royaliste. Les autorités impériales prennent cette affaire très au sérieux et dépêche l’Inspecteur principal Fanch Le Roy sur les lieux.

Ce petit polar régional nous amène à Concarneau et ses environs. L’affaire policière est le prétexte pour l’auteur de nous raconter le pays, les habitants, les coutumes, les évènements historiques et évolutifs de l’industrie sardinière qui ont fait la fortune des industriels de Concarneau.
Un lexique attenant à la fin du volume, nous décrit avec précision les différents points intéressants de l’époque.

Dans cette collection, je connaissais plus particulièrement les aventures de Mary Lester l’héroïne de Jean Failler. Avec cette série je découvre Fanch Le Roy, policier impérial bigouden,faisant partie du Cabinet de l’Ombre, sorte de police secrète de Napoléon III. François Lange a une belle connaissance de l’histoire et des coutumes de la région et nous livre là, un sympathique héros tout en couleur, aventureux et téméraire.

J’ai vraiment bien aimé, l’histoire est prétexte à mieux connaître les petits événements de la région ainsi que les hommes qui l’ont faits. Il y a de l’humour, la gastronomie est aussi à l’honneur ainsi que les bons vins. Nos héros en sont particulièrement friands ;-)
Un petit roman policier historique que j’ai pris grand plaisir à découvrir. A l’occasion je lirai volontiers les autres tomes.

Merci à Babelio et aux Éditions Palémon pour cette masse critique mauvais genre.

Voyage léger (Naomi Mitchison)

 




Après avoir été recueillie par les ours des forêts septentrionales, la jeune Halla est rapidement confiée à Uggi, un Maître-Dragon qui l’élève selon les principes de la draconité. Mais le règne de ces créatures ancestrales touche à sa fin, et un choix s’impose bientôt à Halla : vivre tels les dragons, amassant des trésors, ou voyager léger. Des lointaines contrées du Nord à la cité de Constantinople, elle arpentera le monde, portée par la sagesse des bêtes et la cruauté des hommes.

En 1952, paraît un texte lumineux, poétique et féministe avant l’heure. Une véritable ode à la différence et à la liberté, où l’apprentissage du monde passe avant tout par la quête de soi. Augmenté d’essais d’Amal El-Mohtar et de Samantha Shannon, ce conte merveilleux – souvent comparé au Hobbit de Tolkien –, ravira aussi bien les plus jeunes que les lecteurs aguerris, tant l’approche de Naomi Mitchison (1897-1999), entre légèreté et sagesse, est universelle.
 



Voyage léger est une bien belle découverte d’une autrice que je ne connaissais absolument pas. A la traduction française on ne trouve d’ailleurs pas grand-chose de son œuvre qui fut pourtant large.

Ce petit roman, conte fantasy démarre comme tout conte pour enfant : il était une fois… une petite fille abandonnée par son père le roi et sa marâtre. Sa nourrice, métamorphe ourse va la sauver et la prendre sous son aile pour sa première année. Mais comme toutes ses congénères ourse, elle doit hiberner et confie l’enfant à un ancien dragon Uggi qui va élever et former Halla à la draconité.

Ce début d’histoire a tout d’un conte pour jeune enfant, mais petit à petit on retrouve les codes de la fantasy avec les dragons, les trolls, les animaux qui parlent et communiquent avec notre petite héroïne. Et puis Halla grandit et part à l’aventure de ce vaste monde, à la découverte de ce qu’est vraiment l’homme et la société.

Tout au long l’auteure nous raconte aussi les différentes mythologies scandinaves, russes, la religion chrétienne et les dérives des grandes cités asservies aux tyrans. On se retrouve de Byzance à Kiev en passant différentes contrées.

Halla va grandir, apprendre et faire ses propres choix.

J’ai trouvé ce roman jeunesse frais, agréable à lire, un langage des années 1950, soutenu et riche. De belles descriptions de la nature et des régions visitées. Une grande sensibilité émerge de cette histoire. On s’attache à cette jeune fille qui finalement suit sa propre quête et prend les décisions qui lui conviennent pour son propre bonheur.

Merci à Babelio et aux Éditions Callidor pour ce très beau livre aussi bien le contenant que le contenu.

jeudi 12 mars 2026

Liens de sang (Octavia E. Butler)

 





Dana, jeune femme noire d'aujourd'hui, se retrouve propulsée au temps de l'esclavage dans une plantation du Sud et y rencontre ses ancêtres... Un roman d'aventure qui explore les impacts du racisme, du sexisme et de la suprématie blanche.




Que je suis contente de m’être inscrite au challenge Trio auteurs sfff de Fifrildi. Je n’aurais jamais connu Octavia Butler sinon. Auteure afro-américaine, c’est avec ce roman qu’elle se rend célèbre en 1979, en VO : Kindred.

Je dois dire que je l’ai lu d’une traite de bout en bout. Une fois en main, je ne l’ai plus lâché.

C’est l’histoire d’une femme noire américaine, moderne, libre et en couple qui se retrouve projetée dans un passé lié à ses ancêtres dans les États du Sud au Maryland. Qui dit Sudiste, dit esclavage. C’est donc dans un monde extrêmement violent pour elle qu’elle débarque avec sa vision du monde des années 1970.

On assiste à ses allers-retours entre son époque et ce début du XIXème siècle.

Les personnages, leur personnalité, leurs défauts, leurs hésitations et leur perception de leur monde réciproque sont fort bien décrits. Dana et Kevin, femme et homme de notre monde moderne se retrouvent confrontés à leurs propres certitudes et ce qu’ils trouvent en face d’eux en débarquant en 1819. On y rencontre aussi Rufus jeune enfant que l’on voit évoluer au fil des transferts de Dana. De l’innocence de l’enfance à l’évolution à l’âge adulte, on se rend compte que l’environnement et l’exemple influe grandement sur le devenir d’une personnalité.

J’ai trouvé ce roman passionnant et très bien écrit. C’est vivant, dynamique, effrayant et captivant vu les conditions décrites de la vie des esclaves et de l’emprise qu’à l’esclavage sur la soumission par la violence.

L’historique prédomine je trouve sur le fantastique. Les voyages dans le temps sont surtout prétexte à nous faire vivre les conditions horribles des esclaves. Dans leur vie de tous les jours mais aussi quand n’en pouvant plus ils cherchent à fuir. Dana le vit dans son esprit, dans sa chair. Elle s’assimile à ses ancêtres et frères de douleurs.

Un excellent roman très édifiant que je vous recommande. Je continuerai avec cette auteure, ça c’est sûr.


Le laboratoire des ombres (David S. Khara)

 






Londres, 1841. Un mystérieux paquet livré dans l’ombre.Un fonctionnaire retrouvé mort. Une invention qui pourrait changer le monde. Ou le détruire...Ashton, agent secret britannique aux multiples visages, plonge au cœur d’une affaire qui menace l'équilibre de l’ordre mondial.Les découvertes révolutionnaires de Michael Faraday sur l’électricité attisent toutes les convoitises et pourraient, entre de mauvaises mains, se transformer en arme dévastatrice. Le savant visionnaire et Ashton s’engagent dans une course contre la montre pour déjouer un complot aux ramifications insoupçonnées.Mêlant polar historique et roman d'espionnage victorien,Le Laboratoire des ombres vous plongera dans une aventure sombre et haletante, où une seule étincelle pourrait bien embraser le monde...




Londres 1841, le siècle des découvertes électriques et technologiques.

Un crime suspect au niveau scientifique va mettre un agent secret, Ashton sur les traces d’un dangereux assassin. Tout semble mener à des recherches plus que révolutionnaires d’un certain Michael Faraday, personnage historique réel qui se fond plus que bien dans l’intrigue.

Ses recherches semblent avoir fait des émules mais pas dans le bon sens. Un engin de mort bien particulier semble découler de ses travaux.

On assiste donc à une histoire mêlant espionnage, recherches scientifiques et polar. Un complot semble se mettre en place. C’est donc la course contre la montre dans un Londres victorien, où se côtoient aussi bien les gros bras que les agents de renseignements.

On y rencontre aussi Elvina, jeune aristocrate fantasque qui se trouve très intéressée par les recherches de l’illustre physicien Faraday.

Tout ce petit monde fera de son mieux pour déjouer ce complot.

Petit clin d’œil à la montée en puissance de certaines unités de renseignements nationales comme internationales. Le pays en a grandement besoin dans les enjeux géopolitiques de l’époque.

Roman qui se lit facilement, chapitres courts, ambiance de l’époque bien ressentie des bas-fonds aux maisons cossues.

Les notions d’électricité sont évoquées à travers les discours de Faraday et aussi les sacrifices faits à la santé des chercheurs quand ils côtoient des phénomènes inconnus à l’époque.

J’ai bien aimé à la fin, le chapitre très intéressant consacré au savant Michael Faraday, génie du XIXème siècle.

Une suite semble s’annoncer. Nos héros ont encore de beaux jours devant eux. ;-)

Merci à Babelio et les Éditions Maison Pop pour cette masse critique privilégiée.

Je voulais vivre (Adélaïde de Clermont-Tonnerre)





Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady. Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires. Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.



Prix Renaudot 2025, je me l’étais mis en pense-bête suite à une interview à la télévision. Et oui, un roman qui parle de Milady, la grande méchante du chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas « Les trois mousquetaires ».
J’ai lu la trilogie il y a fort fort longtemps, du temps de mon adolescence. J’étais déjà à l’époque, fan de romans historiques. Entre Les trois mousquetaires, Vingt ans après et le Vicomte de Bragelonne, je m’étais régalée. Un pour tous, tous pour un !!!

Et voilà, Adélaïde de Clermont-Tonnerre qui sort ce roman sur Milady de Winter. Une claque, un coup de cœur. La méchante de Dumas trouve grâce à mes yeux.

Avec l’écriture de l’autrice, on comprend mieux cette femme si extraordinaire, le pourquoi et le comment de ce qu’elle est. Elle est d’abord une enfant dépossédée de tout, traumatisée par des événements horribles. Elle apprend très tôt à se méfier de tout et de tout le monde. A part quelques rares personnages qui la protégeront et la guideront, l’insécurité sera toujours là.

La couverture du livre le dit bien : « Je voulais vivre – Milady n’est pas une femme qui pleure. Elle est de celles qui se vengent ».

Milady a de nombreuses identités mais elle surtout la petite Anne qui a appris à se défendre seule, elle est vive, tourmentée, rebelle et belle. Elle espère comme toute femme au bonheur et à la paix, mais les circonstances et sa beauté la mène vers d’autres chemins.

Le fil du roman s’articule à travers différents témoignages.

Tout d’abord celui de d’Artagnan, lors de la bataille de Maastricht entre deux combats, celui-ci se confie à son compagnon de combat. Il lui raconte cette funeste soirée de la mise à mort de Milady sans procès, ni défense. Il lui raconte surtout ses doutes et ses regrets .

Puis de nombreux personnages qui ont croisé Milady donnent leur version des faits. Au fond l’autrice donne la parole à la défense que la jeune femme n’a pas pu avoir avant sa mort.
« J’avais vingt-cinq ans. J’étais femme. J’étais mère. Je servais la France. Et je voulais vivre. »

J’ai pris grand plaisir à lire ce roman, il réhabilite le personnage de Milady avec ses failles et ses défauts. Il la rend accessible et on sent de l’empathie pour le personnage. Elle est une femme avec ses qualités et ses défauts, ses choix sont les siens. Ils sont souvent guidés par son envie de vengeance et pourtant elle aspire à la paix.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a su avec brio s’imbriquer dans le roman de Dumas en donnant la parole à celle en qui on ne voyait que le mal. Finalement, tout dépend de quel bord on se place, l’adversaire étant toujours l’ennemi et le mal incarné.

Excellent roman qui m’a beaucoup touché, j’ai adoré l’écriture de l’autrice, vive, élégante et dynamique. Prix Renaudot bien mérité je trouve.


mardi 3 février 2026

Le point armé de Dieu (Hubert Prolongeau)




Un western plein de fureur, entre violence et fanatisme religieux.

« Je fais une prophétie, Orrin. Tant que tu resteras loyal à la vraie foi, aucun de tes ennemis ne pourra te faire de mal. Tu nous es revenu avec de longs cheveux sur la face, comme Samson. Ne les coupe jamais, et aucune balle ne t’atteindra. »

Dans l’ombre de Joseph Smith, fondateur de l’Église mormone, il y a Orrin Porter Rockwell, l’ami des premières heures devenu garde du corps. Son premier et plus grand fidèle. Pistolet à la main, il est prêt à tout pour défendre l’intégrité du prophète, quitte à menacer, piller ou tuer. Et qu’importe si cela fait de lui un fugitif, un hors-la-loi… Le lien qui l’unit à Joseph dépasse toutes les lois humaines. Il est l’exécuteur de la justice divine, le Poing armé de Dieu.

Hubert Prolongeau est journaliste indépendant ( Le Monde , Télérama ), chroniqueur (France Culture) et auteur de plusieurs livres et scénarios de bandes dessinées. Dans ce nouveau roman, il revient sur les grandes heures de la fondation de la religion mormone et interroge le rapport entre foi, violence et fanatisme religieux.




Le point armé de Dieu, l’ange destructeur ainsi que Samson de part sa longue chevelure, de nombreux surnoms ont été attribués à Orrin Porter Rockwell, garde du corps et ami de Joseph Smith fondateur du mouvement mormon au 19ème siècle dans une Amérique en formation.

Il naquit le 28 juin 1813 à Belchertown, dans le Massachusetts. Sa famille était proche des Smith, c’est ainsi qu’il fit connaissance de Joseph, plus âgé que lui. Orrin, de part l’époque, l’environnement et certainement son tempérament baigne dans un environnement violent et agressif. Le début du roman en est la preuve à la façon dont se règle déjà à l’âge de 15 ans une affaire de vengeance.

L’auteur a choisi de faire d’Orrin, le narrateur de son histoire. On se retrouve ainsi dans sa tête, dans ses choix, dans son absolue confiance en Joseph à qui il restera fidèle jusqu’au bout.

A travers lui, on assiste à la création et à la montée du mouvement mormon. Dans un monde en constante évolution, très puritain et majoritairement protestant, cette nouvelle religion va avoir du mal à trouver son territoire. Les convertis se pressent autour de leur prophète, construisent des villes et temples. Ils cherchent un endroit où s’installer ce qui n’est pas du goût de la population locale. Vite des affrontements, des massacres ont lieu. Des obligations de quitter les territoires les feront aller d’État en État.

L’époque est très violente, c’est la loi du plus fort qui prédomine. Rockwell est illettré mais sa force, son habileté au pistolet et son absolue fidélité à sa foi et aux institutions mormones ont font un bras armé fort efficace. Personnellement c’est le côté historique qui m’a le plus intéressé. A travers son roman, bien écrit, fluide et percutant l’auteur nous décrit la création, l’évolution du mouvement. Il n’y parle pas de doctrine mais plutôt de mise en place d’un processus pour faire émerger un mouvement communautaire.

J’ai lu ce livre, alors que mon mari regardait sur Netflix la mini-série A l’aube de l’Amérique, qui finalement est la suite de ce roman. On y retrouve le successeur de Joseph Smith , Brigham Young qui fut le premier gouverneur mormon de l’Utah où se sont réfugiés une partie du mouvement après l’assassinat de Joseph Smith. Comme le livre, l’action y est très violente, les images ayant double effet. L’intérêt historique est là mais cette violence terrible est difficile à supporter.

Merci à Babelio et les éditions Seuil cadre noir pour cette masse critique privilégiée qui m’a permit de découvrir un pan de l’histoire américaine que je ne connaissait absolument pas.

La sirène (Christophe Lestic)






Amnésique, recueillie par Sigmard, un chef nordique, au cœur d’une nuit glacée sur le plateau gelé de Horg, Carmina, une guerrière indomptable, s’est reconstruite en épousant son sauveur. Mais, après sa mort tragique, elle doit fuir sa région d’adoption et abandonner, une fois encore, sa vie.Depuis, accompagnée d’un équipage de pirates assoiffés de sang et de gloire, qu’elle commande d’une main de fer, elle parcourt les mers, semant la mort et amassant plus d’or que dans ses rêves les plus fous. Mais cette invincible furie cache un terrible secret, après lequel elle court inlassablement. Car de terribles cauchemars hantent ses nuits. Alors, à l’insu de son redoutable équipage, elle cherche désespérément un être assez puissant pour la délivrer de son amnésie et lui rendre son passé. Pourtant, si elle craint une chose plus encore que de passer le reste de sa vie sans connaître sa véritable identité – qui elle est vraiment –, c’est de découvrir les terribles événements qui ont conduit à son amnésie. Car les cauchemars ne laissent planer aucun doute : elle a commis des actes funestes. Il est parfois des secrets qu’il vaut mieux laisser enfouis, mais en aura-t-elle la force ? Ou exhumera-t-elle les fantômes de son passé ? Pour le meilleur ou pour le pire ?



En ce début d’année je me suis vue, proposer cette lecture par les éditions Librinova. Un bon pavé de plus de 1000 pages.
Un roman à la fois tourné vers la piraterie mais aussi la fantasy, le fantastique, la mythologie. Un savant mélange des genres.

La première moitié du livre est centré sur la Sirène, Carmina jeune capitaine pirate mais aussi ancienne reine d’un clan viking. Elle mène sa troupe d’anciens vikings exilés de leur terre après un massacre. Ils la vénèrent, lui obéissent en tout point et elle les mène toujours vers la victoire et les prises fructueuses. Mais la Sirène a son côté sombre, elle est amnésique, elle fait des cauchemars et regrette son mari et roi qui est mort au combat.
De nombreuses aventures vont les mener sur les mers et vers les combats pour amasser toujours plus d’or. Elle s’intéresse aussi au trésor d’un archi-mage Jayan aujourd’hui disparu . Son jeune mage du bord Tuck est chargé de s’introduire dans une bibliothèque très restreinte au commun des mortels, pour y faire ses recherches.

La deuxième moitié du livre est plus actif et intéressant. Les chapitres se répartissent entre les différents personnages principaux qui se retrouvent séparés. L’action devient plus diversifiée et tournée vers les arcanes du pouvoir des princes et les différentes conspirations. J’y ai trouvé plus d’intérêt.

Le personnage principal, la Sirène est pragmatique, sanguinaire, passionnée mais aussi fragile de part son amnésie qui lui fait connaître des moments de violence incontrôlée. Elle va chercher à connaître ce qui fait d’elle un tout.
J’ai bien aimé les hommes de son équipage, jeunes et vieux loups de mers. Ils sont joviaux et brutaux. Une fraternité règne entre eux et apportent régulièrement un peu d’humour dans la narration.
Différents personnages jalonneront l’histoire qui auront chacun leur intérêt dans la quête de Carmina.

Au final, un livre qui se lit facilement, les descriptions sont parfois un peu trop longues, les batailles aussi mais le fond de l’histoire, le milieu maritime, la magie m’ont accrochée.
La fin laisse en suspens de nombreuses interrogations, je suppose qu’il y aura une suite, du moins je l’espère. ;-)

lundi 5 janvier 2026

Pieds nus dans les étoiles T1 (Agathe Aygadier)




La vérité cachée de tous les grands voyages ? Ils donnent les leçons qu'on s'attendait le moins à recevoir. Provence, automne 1776. Menacée par une enquête de noblesse, la jeune baronne de Sérignan gagne précipitamment l'Italie du Nord dans l'espoir d'y retrouver les papiers de famille qui lui manquent, sinon elle risque de perdre son titre et tous ses biens. En compagnie d'un négrillon destiné à la cour de Turin, elle entreprend alors un long voyage à travers les Alpes, sur la dangereuse route Royale, jusqu'à ce qu'un accident l'arrête au pied du fort de Sallestres, commandé par le sévère surintendant Santandrea. La voilà contrainte de passer l'hiver en pays étranger. Blessée, esseulée, en butte à la malveillance des habitants, elle découvre aussi les activités d'un petit cercle de savants dont les propos l'ébranlent. Peut-on écouter sans danger ces idées si nouvelles ? Et quand pourra-t-elle quitter ce village de plus en plus hostile pour repartir à la recherche des documents dont elle a tant besoin ? À moins que Sallestres soit un piège à retardement, et que le destin l'attende encore beaucoup plus loin... Premier tome d'une trilogie historique foisonnante, Pieds nus dans les épines est à la fois un roman d'aventures, un roman d'éducation et un roman d'amour qui ne dit pas son nom, situé à la fin de ce siècle des Lumières dont l'effervescence et les paradoxes nous fascinent encore aujourd'hui.
 



D’après le quatrième de couverture ce roman sorti en octobre 2025 est le premier tome d’une trilogie historique. L’intrigue démarre en 1776, Louis XVI est monté sur le trône deux ans auparavant. Le royaume de France est en grand déficit, de nombreuses réformes sont mises en route, dont celle d’enquêter sur les origines des nobles. Il faut prouver avec certitude et papiers à l’appui que l’on a le sang bleu.

La jeune baronne Laure de Sévignan est donc mise en demeure de prouver la filiation noble de son défunt mari. Car qui dit défaut de noblesse et possession de fiefs, dit impôts, les nobles en étant exemptés. (Chercher l’erreur !!!! ;-)
La jeune femme se lance donc à travers un long périple qui va l’amener de Marseille à Nice puis à travers les Alpes sur la Route Royale où elle vivra d’éprouvantes mésaventures. A sa suite nous continuons à visiter l’Italie de Turin à Venise.

Roman historique au siècle des Lumières, l’auteur y mêle l’aventure, l’amour, la compréhension de soi à travers les idées de l’époque, la connaissance des populations et de leur quotidien aussi bien des pauvres gens que de la haute société. Laure de Sérignan en sortira totalement transformée en bien ou en mal, on ne le saura pas car une suite nous attend.

Au début j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’intrigue, elle se met en place lentement la narratrice étant Laure de Sérignan. C’est un long journal qu’on lui demande de rédiger pour une faute qu’on ne connaît pas tout au long du roman.

Et puis peu à peu le langage soutenu employé, celui de l’époque, est devenu plus familier et je l’ai lu avec plaisir. Les descriptions des différentes villes traversées, les mœurs et coutumes des populations sont très intéressantes.
L’héroïne est ce qu’on appelle à l’époque une Provençale, avec sa langue d’oc encore très vivante dans toutes les couches de la société.

J’ai aussi bien aimé sa relation avec un petit page métis Joseph dit Zeph, qu’elle accompagne en Italie. Leur rapprochement ressemble à celui d’une mère et de son fils. Il est vif, plein d’esprit, de spontanéité, et musicien. Un surdoué de l’époque mal reconnu de part la couleur de sa peur.
Et puis bien sûr il y a le comte Santandréa, pour le côté romantique. Un homme ouvert aux idées de l’époque et aux avancées scientifiques.

Un roman en somme, très intéressant de part la diversité des situations, des régions, des paysages et des villes traversées.
Un bon moment de lecture et une belle découverte.
A quand le 2ème tome ? -;)))